BAKELINFO.COM

La Voix du département de Bakel

Etoiles inactivesEtoiles inactivesEtoiles inactivesEtoiles inactivesEtoiles inactives
 

Proverbe Tcheque

Il fait presque midi ! Mocirédin s’est assoupi sur sa natte de prière. A côté de lui, sous l’unique arbre de la maison, non loin des canaris, des poules picorent les graines que Diambéré Khoumba a bien voulu leur jeter. Malgré leurs cocoricos, de temps en temps, l’homme dort toujours, se donnant quelques fois de violents coups de vent avec son éventail qu’il tient dans sa main droite. Un margouillat veut profiter du repas des poules. Il remue la tête et avance lentement avec beaucoup de ruse pour éviter des coups de becs. Il parvient à voler quelques graines puis, trouve sage de s’éloigner avant qu’un quelconque danger ne survienne.

 

La saison des pluies, sa saison à lui tout seul, n’a pas totalement donné le signal. Les cultivateurs paressent encore, sans le paraître, à l’ombre des arbres à palabre ou dans les grands-places, en attendant le signal fort ! Le léger tapis vert qui couvre le sol n’apeure pas les paysans. Ils savent qu’au coup d’envoi, au coup de sifflet du grand Arbitre, tout disparaitra. Pourquoi donc s’inquiéter ? Les semences sont déjà prêtes et les instruments de labour aussi !

Le muezzin Salam Koité appelle les fidèles pour la prière de 14 heures. Un à un, ils sortent pour se rendre à la mosquée de la Montagne Centrale, mosquée où avaient prié jadis, il y a bien longtemps les vieux Boulaye Loli, Sidy Koné, Mociré Diarra, Mamadou Sakho, Mamadou Boughary, Fily Sabou, Aly Diébakhaté, Bocar Ciré, Bocar Kâ, Sandiakhou et Kissima Camara, Mokhtar Sakho…

<<-Le temps passe tellement vite actuellement, se dit Mocirédin en se levant ! Autant en profiter avant qu’il ne soit trop tard.

-Mon mari, depuis le début de la COVID-19, tu es devenu un autre être ! Tu as des comportements bizarres. Que t’arrive-t-il, s’étonne Diambéré Khoumba ?

-Rien de spécial. Je suis seulement stressé. Comment ne pas l’être si chaque soir un bulletin médical effraie les populations avec ses nombreux nouveaux cas et ses morts qui grossissent la liste des enterrés ! Comment rester le même si tous les Sénégalais ne peuvent pas être vaccinés ; comment garder son calme, sa sérénité si, justement à cause de cette pandémie les activités sont au ralenti. Comment veux-tu que je sois comme autrefois, toujours gai si la Tabaski s’approche à grands pas sans que je ne vois une seule corne de mouton !

-Mocirédin, as-tu examiné les doigts de tes mains ? Sont-ils égaux ? Regarde autour de toi, les gens qui passent : il y a parmi eux des grands, des petits, des moyens, des noirs, des blancs, des jaunes, des gros, des maigres, des beaux, des vilains, des bien Habillés pendant que d’autres se plaisent dans leur haillons, des aveugles, des sourds, des handicapés moteurs… Crient-ils leur état sous tous les cieux ? Ne le vivent-ils pas dignement ? Alors, pourquoi te morfondre à longueur de journée ? Tu es un croyant ! Donc…

-Diambéré Khoumba, ne conclus pas si vite : je crois en DIEU et en son Prophète Mohamet (PSL), mais l’on dit bien « aide-toi et le ciel t’aidera ! »

-Tu as tout à fait raison, mon mari ; malheureusement, tu ne t’aides pas ! A force de te coucher, d’être pessimiste, la chance te fuira pour aller rencontrer ceux qui se lèvent tôt et qui croient en eux-mêmes, les optimistes. Ton mouton de Tabaski ne viendra pas te réveiller à la maison ; les beaux épis de mil ne se mettront pas dans des sacs pour te dire : lève-toi Mocirédin, voici le fruit de ton sommeil ! Au contraire, Satan te poussera toujours dans les bras de Morphée et chaque jour qui passe te rendra plus paresseux ! Occupe-toi, mon mari…

-Ma chère épouse Diambéré Khoumba, je t’arrête ! Que sais-je faire d’autre que cultiver ?

-Justement, mon mari, cette agriculture que tu sous-estimes est pleine de « branches » : tu peux tout y faire, du jardinage, du maraîchage, de la fabrication de compost, de l’élevage, de l’agro-foresterie... Ton problème, c’est que comme nos parents le faisaient, après l’hivernage, c’est le farniente ! Ce temps est révolu, Mocirédin ! Il faut désormais s’organiser pour toutes les saisons afin de ne rien perdre ! Sans être une machine, tu dois maintenant t’adapter au temps, changer quand il change et prendre une autre couleur quand il le fait.

-Diambéré Khoumba, tu veux me transformer en caméléon maintenant ?

-Non, mon mari, quand le monde change, il faut le suivre rapidement, sinon tu perds ses traces. Et à partir de ce moment, tu deviens une charge pour la société. Comme je te connais, tu n’accepteras jamais d’être pris en charge ! Alors, Kolobakari, que te reste-t-il à faire ?

-Cesser de bâiller et me mettre au travail ! Quel travail, maintenant, c’est la question que je me pose ? Je ne peux pas me réveiller, tout de suite et vouloir être au même niveau que les autres.

-Approche-toi de ceux qui ont déjà réussi ces pratiques, pose leur des questions, forme-toi et tu verras que tout ira bien !

-Facile à dire, Diambéré Khoumba !

-Que trouves-tu de facile dans ce monde ?

-J’ai compris. Je m’en vais de ce pas voir les enfants du vieux Oumar Djidja qui a inculqué à ses enfants l’amour du travail, du travail bien fait. >>

Idrissa Diarra, bakelinfo.com

Chroniques du Mardi

Religion

Actu. locale

Portraits