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CHEIKH_OUMAR

En 1857, sur le haut fleuve Sénégal, deux hommes d’exception vont se jauger. Le marabout-guerrier El Haj Omar et l’officier français Louis Faidherbe. Une confrontation décisive.

A son vrai nom, Cheikh Oumar Tall, se rattachera plus tard celui du Fouta Toro, (Nord Sénégal, Sud –Mauritanie) où il naquit en 1794 dans le village de Halwar, aux environs de PodorCheikh Oumar El Foutiyou s’initie très tôt à la Tijania (confrérie soufie) et entreprend des voyages pour parfaire ses connaissances. Ce parcours initiatique débute en 1827 par le Hamdallaye (Mali), puis le Sokoto (Nigeria) à la cour de Mohamed Bello où il fut charmé par l’organisation étatique et la gestion des affaires de la cité. Il parvient à la Mecque en 1828 et reçoit, au terme du rite, le titre de Calife de la confrérie tijane pour le Soudan (Afrique de l’Ouest selon la terminologie arabe de l’époque) par Cheikh Mohamed Ghali, disciple du fondateur de la Tijania, Cheikh Tijane. Son séjour à l’université Al Azhar au Caire le conforte dans sa voie. Il avait déjà mûri son plan du djihad.
De retour en Afrique noire, il entreprend des alliances stratégiques en épousant la fille du Sultan de Bornou et la fille de Ahmed Bello du sultanat de Sokoto. L’aura de Cheikh Oumar inquiète les chefferies traditionnelles. A Hamdallaye, il est cette fois-ci froidement reçu par Amadou Cheikhou. A Ségou, il est emprisonné par Tiefolo, roi animiste, averti par ses mages du danger de ce marabout encombrant. Dans le Fouta Toro, son pays natal, la méfiance est aussi de mise au sein d’une aristocratie maraboutique constituée depuis le renversement du règne Denianké en 1776 et qui se méfiait du Tijanisme réformiste de Cheikh Oumar, lequel prônait l’égalité sociale et la fraternité là où la hiérarchisation des classes était la pensée dominante.   

Le marabout sera accueilli finalement au Fouta Djallon où il fondera une zaouia. Ses prêches débutent en 1841 dans la ligne de l’islam sunnite, malikite et soufie. En 1845, il revient au pays natal en traversant le Sine Saloum, le Baol et le Cayor. Son aura grandissante le pousse à recruter de nombreux fidèles et combattants dans le Fouta Toro. Son retour au Fouta Djallon provoque la suspicion de l’Almamy, qui l’invita à quitter son royaume. 
En 1848, le cheikh établi dans la forteresse de Dinguiraye (sur des terres achetées au royaume de Tamba) compte des milliers de fidèles et de combattants venus de toute la région. Les talibés acquièrent des armes auprès des commerçants britanniques en Sierra Leone avec le feu vert de Londres qui voulait tuer dans l’œuf le projet français d’un empire colonial en Afrique de l’Ouest.
En 1850, la guerre sainte commence en riposte à une attaque du roi de Tamba, inquiet de l’influence grandissante du Cheikh. Beaucoup de royaumes Bambaras et mandingues sont conquis. Nioro, capitale du royaume Massassi, tombe en 1854 dans ce qui constitue l’une des plus grandes victoires de l’armée Omarienne. Deux ans plus tard, le royaume Bambara de Kaarta tombe. L’armée omarienne avance et se renforce avec les armes anglaises. Le fort français de Bakel n’était plus loin. Cette avancée est suivie de prés par Louis Faidherbe, un officier français, anthropologue à ses heures perdues et qui léguera à la postérité une hiérarchisation des ethnies assez limite.
Devenu gouverneur en 1847, Faidherbe entreprend la construction d’un fort et noue une alliance avec le royaume du Khasso. Pour Cheikh Oumar, une telle alliance entre un musulman et un infidèle constituait un motif de guerre contre le roi musulman du Khasso. La guerre est déclarée.
En 1857, il y eut la rencontre inévitable entre Cheikh Oumar et Louis Faidherbe, gouverneur du Sénégal. C’était lors du fameux siège de Médine, dans l’Etat du Khasso, poste très avancé sur le haut Sénégal. L’encerclement du fort français par 25 000 combattants durera pendant 97 jours. Le poste était défendu par le métis franco-sénégalais Paul Holles. L’objectif pour l’armée omarienne était d’asphyxier les militaires français du fort et les habitants de la localité avant l’hivernage et la saison des crus. Malgré ce long siège, le Fort résista. Alors que le commandant du Fort était au bord de la reddition, surgit Louis Faidherbes, venu en renforts avec 500 combattants dont 100 blancs. L’armée omarienne sera repoussée et le fort sauvé. Faidherbes et Cheikh Omar Tall signeront un traité de paix éphémère en août 1860.
Après avoir conquis tous les royaumes Bambara (Ségou est tombée en 1861), le marabout se tourna vers Hamdallaye, premier Etat peul convoité, capitale de l’empire du Macina (lire à ce propos, Amkoulel l’enfant peul de Amadou Hamapté Bâ). C’est la bataille la plus célébre de l’épopée omarienne, déclenchée sous le prétexte du refuge donné par un roi musulman au roi païen de Ségou. Hamadallaye tombera le 16 mars 1852 dans une véritable boucherie. Il y avait eu 70 000 morts. Le roi Amadou Amadou est décapité ainsi que le roi de Ségou, Bina Ali, qui avait trouvé refuge à Hamdallaye. Une expédition est envoyée pour la conquête de Tomboctou sans succés. La coalition peul-maures Kounta et bambara mène la contre-offensive contre l’armée Omarienne qui contrôlait un vaste empire allant du Mali, à la Guinée et au Sénégal.
Le 12 février 1864, le marabout disparut dans les falaises de Bandiagara, devenu aujourd’hui un lieu de pèlerinage. Son neveu ,Tidiani Tall, qui lui succède installe la capitale de l’empire constitué par 13 ans de conquête à Bandiagara alors que son fils, Amadou Cheikhou, régnera à Ségou jusqu’à la conquête française en 1893. Le modèle égypto turc (gouverneur civil et gouverneur militaire dans chaque province) que Cheikh Oumar a imposé a cédé devant la puissance de feu du colon.
Source FinancialAfrik

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