BAKELINFO.COM

La Voix du département de Bakel

Etoiles inactivesEtoiles inactivesEtoiles inactivesEtoiles inactivesEtoiles inactives
 
HawaTimera_Africites-Copier
De passage à Dakar dans le cadre du sommet Africités, Hawa Timéra nous livre un regard éclairant sur l’état des villes africaines. D’origine sénégalaise, elle a quitté sa terre natale à l’âge de 7 ans pour aller s’installer en France avec ses parents. Cette urbaniste à la carrière professionnelle riche est sortie de l’Institut d’urbanisme de Paris. Elle est aussi diplômée de l’Ecole supérieure des transports et du Cursus en transport de la Sorbonne. Hawa Timéra travaille depuis 17 ans dans le domaine de l’urbanisme et a exercé dans un cabinet d’architecture, dans une société d’économie mixte et également dans le groupe Caisse des dépôts et consignations en France. Avide d’expériences nouvelles, Hawa Timera quitte son poste de directrice-adjointe de son service, en septembre 2010, pour s’installer à son propre compte en créant Urbanéa.

Quels sont les services proposés par Urbanéa ?

C’est une agence d’urbanisme qui fait beaucoup d’ingénierie urbaine, c’est-à-dire des montages de projets, de l’accompagnement pour les élus, les maîtres d’ouvrage, les porteurs de projet, pour réaliser des projets d’aménagement et d’urbanisme. Nous intervenons aussi dans l’aspect financier, juridique et technique en passant par les marchés publics. Urbanéa intervient dans tout le processus qui fait que l’on parle d’une idée de projet à la livraison d’un ouvrage, d’un quartier, en tenant compte de l’aménagement, de la voirie, de l’assainissement, du transport, de l’espace public et des types d’habitations qui correspondent le mieux au milieu en question.

Qu’est-ce que vous attendez concrètement d’Africités qui est l’objet de votre déplacement à Dakar ?

Quand j’ai créé Urbanéa, la volonté était de pouvoir exercer ce métier comme je l’entendais avec des concepts qui sont au-delà de la création de simples villes qui ne sont pas cohérentes avec les modes de vie des populations. Mais également de pouvoir apporter, mon regard et mon expérience au Sénégal et aux pays d’Afrique de l’Ouest. C’est cela aussi mon objectif. Africités est pour moi une manière de sentir le terrain, de voir ce qui se fait dans nos pays, de voir les possibilités et les manquements. J’essaie de voir quelle peut être la plus-value que je peux tirer de cette rencontre et ce que je peux apporter au travail qui est en train d’être fait. En se promenant dans les villes africaines telles que Lagos, Abidjan ou Lomé, on se rend compte qu’elles sont confrontées à la même problématique d’urbanisation. C’est de l’immobilier qu’on est en train de faire plutôt que de l’urbanisme, avec toutes les conséquences que cela peut induire. Partant de ce constat j’essaie de voir quelle peut être ma contribution.

Donc vous estimez qu’il y a une absence de plan stratégique d’urbanisme dans la plupart des villes africaines ?

On est entre l’anarchie et le chaos, parce qu’il n’y a pas de réflexion à l’échelle globale du quartier, de la ville et de la région.

La ville africaine a tendance à s’étendre inexorablement. Qu’est-ce qui l’explique ?

La ville africaine s’étend parce que les gens qui arrivent vont construire leur petite chose sur des terrains vides qu’ils ont trouvés. Cela nous fait des bidonvilles et au fur et à mesure, le phénomène prend de l’ampleur et on les régularise pour leur faire entrer dans le formel. Je pense que cela constitue un enjeu majeur. Le rôle de l’élu est d’avoir une vision sur le devenir de sa ville, de son territoire. Le rôle de nos gouvernants est aussi d’avoir une vision stratégique de planification urbaine. J’entends par là, la planification économique, la planification de logements de sorte que chacun puisse trouver un logement selon ses moyens, la planification en termes de développement durable, etc. C’est ce qui nous manque de manière globale aujourd’hui en Afrique. Aussi, du côté des citoyens, il faut de la discipline et de la civilité qui est de dire que je ne m’installe pas n’importe où. Mais en même temps, comment demander à des gens qui arrivent de respecter des règles qu’ils ne maîtrisent pas, des règles qui ne sont pas écrites ou contournées par les gouvernants eux-mêmes ? Au niveau du citoyen, cela va être de l’éducation, de l’accompagnement, de la prise en charge et de la responsabilisation.

L’extension de la ville crée de nouveaux problèmes d’urbanisation. Que faut-il faire pour maîtriser ce phénomène ?

Je différencierai les situations des villes selon leurs positions géographiques par rapport à la mer, à des zones constructibles ou pas, inondables ou pas, à la disponibilité foncière, etc. Dans le cadre de Dakar, l’urbanisation n’a pas été complètement maîtrisée. Le plan mis en place par Léopold Sédar Senghor pour l’extension de Dakar avec une réflexion à long terme a été complètement galvaudé. Il n’a pas été poursuivi. L’anarchie a très vite pris le dessus sur ce plan d’urbanisation. Donc l’exode n’est pas la seule cause de ces difficultés. Moi j’ajouterai l’aspect sécuritaire c’est-à-dire dans les pays frontaliers lorsqu’il y a des conflits, les gens se rabattent sur les pays limitrophes pour trouver protection et sécurité. Il y a donc une extension de la population qui est liée à ça. Il faut également réfléchir à ne pas tout centraliser sur Dakar, à penser à développer l’arrière-pays. Les villes principales comme Saint-Louis, Thiès, Ziguinchor sont éventuellement un tout petit peu développées, mais il y a des villes secondaires que sont Tambacounda, Kédougou où les efforts déployés ne sont pas suffisants. L’enjeu, c’est de développer les villes périphériques et éventuellement les villes dont on sent qu’elles ont un potentiel.

On parle maintenant de ville nouvelle pour faire face à la sururbanisation. Partagez-vous cette nouvelle conception ?

Moi, je ne veux pas parler de ville nouvelle parce qu’il s’agit d’une conception particulière qui a été expérimentée en France et en Angleterre où cela a été un échec cinglant. Ce concept ville nouvelle c’est se dire que la ville principale est saturée, je crée une ville de toutes pièces comme Brasilia, Evry, l’Isle-D’abeau, le Val-de-Reuil, etc. on a posé des choses mais, elles ne se sont pas développées comme il fallait. Aujourd’hui, on est en train de tout casser pour reprendre.

Comment appréciez-vous donc l’idée de la création d’une nouvelle capitale entre Mékhé et Pékès ?

Je n’épouse pas cette démarche complètement. Je suis d’accord avec l’idée de développer des choses autour de l’aéroport. Le seul problème c’est qu’on a d’abord créé l’aéroport pour venir réfléchir après. On assiste à des projets de lotissement qui ne sont pas réfléchis. Ce sont des promoteurs qui alignent des maisons, sans espaces publics et des voiries pas forcément adaptées. Quand on fait une ville nouvelle, il faut qu’il y ait vraiment de l’emploi, du transport, des équipements et ensuite, on amène l’habitat. Une ville nouvelle ne se décrète pas, il faut qu’il y ait un besoin. On ne prend pas un territoire en disant qu’on installe quelque chose.

Avec l’urbanisation galopante, l’habitat ne préserve plus l’environnement. Comment concilier les deux ?

L’enjeu de concilier les deux paramètres est pour moi du bon sens. Ce que l’on appelle le développement durable de manière globale consiste à la préservation de la nature, de la qualité de nos eaux, de l’air et la protection des ressources naturelles. Pour cela on ne doit pas construire n’importe où. Avant d’aller construire sur des terrains nus qui sont parfois des terrains agricoles, il faut voir ce qu’on peut y faire pour nourrir la population. Il faut un juste équilibre entre le bâti et le naturel. Et cela on ne peut pas y déroger. Dans les régions reculées comme Bakel, il y a eu énormément de déboisement avec toutes les conséquences que cela entraîne. Quand on fait de l’urbanisme, ce n’est pas juste considérer les choses par le bout de la lorgnette. Cela doit être une vision globale. On doit toujours raisonner en termes d’impacts et avant tout en termes de besoins. Une ville ne se construit pas en un jour, mais dans le temps pour adapter les infrastructures aux besoins des populations.

Avec la décentralisation plusieurs responsabilités sont transférées aux collectivités locales. L’ineffectivité de la décentralisation ne constitue-t-elle pas un problème à la prise en charge correcte des problèmes liés à l’urbanisation ?

Par rapport aux élus locaux, le Sénégal est très avancé dans la décentralisation. Du point de vue législatif et sur le plan culturel. Car on élit nos maires depuis très longtemps et il y a des conseils municipaux qui fonctionnent, mais, seulement quand on est sur le terrain pour des études, on se rend compte qu’il s’agit d’une fausse décentralisation. Comme disait l’autre, on a l’impression qu’on décentralise les problèmes, mais on garde toutes les ressources. Quand on décentralise, il faut donner aux collectivités les moyens d’exercer leur responsabilité. Or, les moyens ne sont pas là.

On constate que plusieurs pays africains confient la construction des édifices aux Asiatiques, particulièrement aux Chinois. Est-ce, que le continent ne risque-t-il pas de perdre son identité dans ce domaine ?

Concernant la conservation de notre identité architecturale et urbaine, je suis d’accord avec vous, mais c’était bien avant que les Chinois arrivent. Quand on voit ce qui est construit à Dakar, les maisons individuelles principalement, c’est souvent le fait de la diaspora ou alors ces gens qui sont au Sénégal, mais qui font de la rentabilité plutôt de la qualité urbaine. Pour avoir une qualité urbaine satisfaisante ou qui ressemble à notre identité sénégalaise, je pense que cela relève de la responsabilité des élus d’avoir des exigences dans les documents de planification, les documents d’urbanisme. S’il n’y a pas de prescriptions, de directives pour avoir quelque chose d’harmonieux, d’esthétique, les gens feront ce qui les chante. Si j’ai les moyens de me construire un Taj Mahal en plein Dakar, d’accord parce que j’ai les moyens, pourquoi ne le ferai-je pas ? Cela relève de la responsabilité du maire, c’est à lui de veiller sur ce qui se fait sur son territoire. Lorsqu’on fait un lotissement, il faut qu’il y ait des directives de la collectivité locale. Cela relève aussi de la responsabilité des professionnels de l’urbanisme et de l’architecture de faire leur travail correctement en évitant de décalquer des bâtiments qui ne correspondent pas à nos habitudes de vie. En plus, on fait intervenir les Chinois chez nous parce qu’ils détiennent l’argent. Je crois qu’il faut être plus exigent et voir beaucoup plus loin que les aspects financiers. C’est-à-dire avoir un cahier de charges qui s’impose aux Chinois. Parce que ce qui est construit n’est pas tout à fait de la qualité.

Baye Makébé SARR, la gazette.sn

Ajouter un Commentaire

Code de sécurité
Rafraîchir

bakelinfo.com : la voix du département de Bakel
Loading Player...
Watching: Uploads from bakelinfo (107 videos)
Loading...
Entente Dév Dépt Bakel
Micro Trottoir
Mosquée
Mosquée Diaguily

EspacePublicité

Chroniques du Mardi

Religion

Actu. locale

Nous avons 241 invités et aucun membre en ligne

Faîtes un don

pour soutenir bakelinfo.

Actu Africaine

Afrique - Découvrez gratuitement tous les articles, les vidéos et les infographies de la rubrique Afrique sur Le Monde.fr.