Présidentielles 2012 : Lettre ouverte d'un Bakélois aux 13 candidats légitimes à la présidence de la république du Sénégal
Permettez-moi d'abord de vous rappeler cette pensée d'un illustre homme politique Michel ROCARD : « La politique est dégueulasse, parce que les hommes qui la font la rendent dégueulasse. » Par cette citation, j'ose croire que vous êtes tous, à l'exception du candidat illégitime Abdoulaye Wade, des hommes intègres et animés par une volonté franche et ferme de mettre fin à la souffrance des Sénégalais. Même si vous baignez dans une marre à mensonges ( la politique ), j'ose croire que vous avez tous de fermes convictions pour bouter hors du Sénégal toutes les plaies qui freinent son développement : Corruption, Malversations financières, favoritisme, primat de l'incompétence sur la compétence, détournement des deniers publics, clanisme, promotion canapé, Politique politicienne...
Aujourd'hui, je m'adresse à vous en tant que fils et citoyen du Sénégal mais surtout an tant que la voix dans sans voix du département de Bakel.
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Bakel n'est plus à présenter  au Sénégal. Géographiquement, il est la porte d'entrée du Sénégal venant de la Mauritanie et du Mali. Sa superficie est l'une des plus importantes des départements du Sénégal. Historiquement, Bakel n'a rien à envier au reste du pays. Localité importante à l'époque coloniale, Bakel fût un des importants carrefours commerciaux du Sénégal. Bakel bénéficie également des vestiges historiques classés au patrimoine culturel de l'UNESCO. Administrativement, le département de Bakel est l'un des plus vieux du Sénégal. Son chef lieu Bakel fût érigé en commune à l'aube des indépendances par la Loi n° 60-025 du 1er février 1960 . Je vous épargne du chapelet de symboles dont jouit cette partie du Sénégal oriental.
L'objectif de cette lettre ouverte n'est pas de vous chanter le passé glorieux de cette mythique contrée mais tout simplement vous parler des maux qui hypothèquent l'avenir de plusieurs générations. Pendant les 40 ans du régime socialiste , Bakel s'est laissé abuser par le régime socialiste incarné par Cheikh Abdoul Khadre Cissokho. Gaoussou Bambo aka Sora DIATTA et ses partisans nous ont faits chanter, danser et " ambiancer " moyennant quelques billets de CFA. Ils excellaient dans la politique politicienne. Contre du poisson séché, nous avions échangé nos cartes d'électeur. Le régime socialiste a abusé de mon peuple. Les esprits illuminés me diront : N'est ce pas ton peuple même qui s'est laissé abuser ? Certainement ! Je dirai une frange de ma population a mordu à l'hameçon de la " politique alimentaire " . Ce fût notre perte.
Nous avions tout donné à Cheikh Cissokho et le parti socialiste. Président de l'Assemblée Nationale à l'époque, l'homme n'a jamais réussi à panser nos plaies béantes. Fils du terroir, sa politique fût catastrophique pour le département de Bakel. Au lieu de nous construire des hôpitaux et des centres de santé, il a préféré distribuer des CFA à ses partisans. Au moment où il fallait rénover nos infrastructures, il a préféré distribuer quelques sacs de riz à son électorat. Résultat des courses : Bakel n'a rien gagné sous le règne socialiste. Cheikh a rendu déguelasse la politique à Bakel pour paraphraser Rocard.
Comme tout le Sénégal, nous avons vibré pour l'Alternance malgré l'enracinement du vert socialiste dans notre contrée. Inutile de revenir sur l'impact peu marquant de ce changement de courant politique à Bakel. De Gandé à Aroundou en passant par Bakel, Diawara et Kidira, il n'y a pas l'ombre d'une réalisation importante du parti démocratique Sénégalais dans notre département. Le camp libéral a toujours été miné, depuis l'alternance , par une guerre fratricide qui anéantit tout développement. Au lieu faire un bond en avant, nous avons régressé dans plusieurs domaines. Bakel commune ressemble aujourd'hui à une grande bourgade qu'à une ville proprement dite. Bakel, l'évocation de ce seul nom déclenche bien des passions mais la réalité en est autrement. Ce département souffre terriblement.
En plus d'être très enclavé, le département de Bakel dispose de peu d'infrastructures modernes et utiles. Les routes qui relient Bakel commune aux chefs lieu d'arrondissement, aux communautés rurales ne sont guère bitumées. Elles sont sinueuses et très délabrées. Cet état de délabrement de ses routes freine le développement local et rend difficile la mobilité dans le gajaaga et le Bundu. Les commerçants et les opérateurs économiques locaux en pâtissent.Â
 La gare routière de Bakel qui fût un carrefour sous-régional étonne par sa léthargie. Elle n'est guère dynamique. L'interconnexion entre les localités n'est plus assurée en début de soirée. Pour partir à Dakar en urgence, il faut débourser une centaine de nos francs. Jadis, les voitures 7 places qui assuraient dynamiquement la liaison subissent la dure loi de la concurrence avec l'arrivée des cars Mourides. Cette société de transport impose des fréquences de départ qui desservent les populations locales. De plus, leurs cars ne sont pas adaptés à tout type de voyageur. Les populations en pâtissent d'une manière ou d'une autre. Même si ces cars mourides ont baissé sensiblement le prix d'un aller Bakel-Dakar, force est de reconnaitre les effets pervers nés de ce monopole. Frustrés les autres transporteurs font payer au prix fort les voyages urgents et imprévus. Priez surtout de ne pas avoir un malade à évacuer à Dakar ! Il y a mille chances qu'il perde sa vie.Â
Je tiens à vous signaler également l'enfer de Kidira, la ville des embouteillages montres. Les remorques en instance de transit rendent invivables l'athmosphère de cette ville. Des camions stationnés sauvagement dénaturent cette ville. Une route pour désengorger le centre de Kidira est d'une extrême urgence. Les commerçants perdent des millions et les populations vivent un calvaire.
Vous avez également entendu parler de nos ponts qui cèdent à chaque hivernage : Pont de Bondji, Pont de Modibougou, Pont de Diawara...Nous espèrons leur rénovation afin de désenclaver plusieurs localités et assurer la connexion routière avec la capitale. Ces ponts sont des prédateurs de vie. Leur refection est d'une importance cruciale.
Messieurs, sachez que Bakel manque terriblement de structures sanitaires. Le district sanitaire de Bakel, vieux de plusieurs décennies, sombre jour après jour dans la promiscuité. Pour se soigner, les populations doivent se déplacer à Tambacounda, Ourossogui et Dakar. Nous exigeons du futur président de la République l'équipement de notre district sanitaire ainsi que nos centres de santé. Le plateau sanitaire est très insuffisant dans les contrées du Gajaaga et du Boundou. La santé exige également un personnel qualifié et disponible. Bakel doit être fourni en professionnels de santé. Nous exigeons un spécialiste dans chaque discipline de la santé. Du point de vue de la logisitque, une seule ambulance est à la disposition du district alors qu'il nous faut une dizaine. Voila cinquante ans que Bakel n'a jamais disposé d'une caserne de Sapeurs Pompiers. Incendie, Noyade, accident de la route, accidents cardio-vasculaires... priez que cela ne vous arrive pas parce que vous avez mille chance de passer de vie à trépas.
Notez qu'aujourd'hui, plusieurs femmes décèdent encore en donnant la vie parce que la prise en charge laisse à désirer. Bakel, de part sa position stratégique doit être bien épaulé au niveau sanitaire. C'est d'une extrême urgence.
Le département dont sont originaires plusieurs hauts cadres du Sénégal est en grande perte de vitesse sur le plan de l'éducation. La mauvaise politique éducative du régime libéral a hautement fragilisé le tissu éducatif. La ville de Bakel dispose d'un nouveau lycée où tout fait défaut : eau, électricité, salle informatique, salle de sport, Laboratoire, restauration...Elèves et professeurs ne savent plus à quel saint se vouer. Pire, l'annexe du lycée, anciennement collège Waoundé n'diaye ressemble plus à un enclos qu'à un bâtiment éducatif. L'ancienne salle de laboratoire est devenu e un danger public. Les vases contenant des produits toxiques sont à la portée des badauds. Les squelettes et autres matériels didactiques sont devenus les jouets des mômes. Les clôtures en grillage ont cédé. les chèvres et les moutons des quartiers périphériques cohabitent avec les élèves et les professeurs. La commune de Diawara souffre des mêmes problèmes. Le nouveau collège a des allures d'une école élémentaire.Comme pour Bakel, on y voit pas l'ombre d'une salle informatique, d'une salle de sport, d'un laboratoire et d'une salle de restauration. Le même constat est valable dans la ville de Kidira où le nouveau lycée construit par les émigrés manque cruellement d'équipements.Â
 Bakel a connu une poussée de collèges dans ses chefs lieu d'arrondissements sans accompagnement. Les pauvres émigrés ont construit dans leurs localités des collèges que l'Etat peine à rendre fonctionnels.  Chaque année, c'est la même rengaine :  manque de structures pédagogique et sportive, manque de professeurs , inconfort ... Que dire des écoles primaires ! Même si le régime socialiste a réussi a doter plusieurs villages d'écoles grâce au système de volontariat, plusieurs villages souffrent d'un manque d'écoles élémentaires. La petite enfance est également laissée en rade dans plusieurs localités. L'éducation est en perte de vitesse dans le département de Bakel. La seule embellie constitue le nouveau centre de formation professionnelle, fruit du travail des émigrés Bakélois.Â
Monsieur le futur président de la république du Sénégal, mon terroir est une zone d'agriculture. 90% de la population vivent grâce à cette activité. Depuis quelques années, les Bakélois ont beaucoup investi dans l'agriculture allant des cultures vivrières au maraîchage. Plusieurs GIE ont été mis sur pied afin d'exploiter le potentiel agricole. Récemment, tous les efforts de la population furent réduits à néant. Les facteurs climatiques et humains ont détruit toutes les terres cultivées. 168 HA de périmètres rizicoles furent détruits occasionnant une perte d'un investissement de 53818491 FCFA. Une dette contractée auprès de la CNCAS par les GIE. Face à cette situation, le cri de cœur de nos vaillants agriculteurs fût inaudible. Et pourtant, plusieurs familles ne comptaient que sur ces terres pour s'extirper de la pauvreté. D'ailleurs, ces investissements avaient freiné les ardeurs de plus d'un Bakélois à répondre aux sirènes de l'immigration clandestine. Aujourd'hui, nos agriculteurs sont dans la tourmente et vivent un calvaire.
Monsieur le futur Président, sachez également que le département de Bakel est traversé par le fleuve Sénégal. Un don de Dieu inexploité depuis des lustres. Plusieurs programmes de mise en valeur de ce potentiel n'ont pas abouti. Sur le plan de l'agriculture, à part le maraichage et les cultures de décrue, le fleuve ne sert qu'aux ménagères et autres éleveurs qui viennent laver le linge ou abreuver leurs troupeaux. Inutile de jouer aux apprentis ingénieurs, nous savons tous ce que ce fleuve peut nous apporter en ressources énergétiques et agricoles. Nous demandons une exploitation efficiente de ce potentiel. Dans le même registre, l'élevage souffre des mauvaises conditions climatiques. Un effort dans ce sens sera une aubaine pour toute la population. Il en va de notre sécurité alimentaire.
Maintenant parlons de ma jeunesse. Nul besoin de faire toute un " Mbaxaal ". La jeunesse bakéloise est à l'instar de celle Sénégalaise. Diplômée ou sans sésame éducatif, elle veut travailler... Votre prédécesseur nous avait promis " Travailler, beaucoup travailler, toujours travailler ". Résultat des courses : Ma jeunesse passe encore plus de temps autour du thé. A trente ans, ma jeunesse est toujours dépendante. Même les étudiants qui ont ciré le banc de l'université chôment sinon grossissent les rangs du volontariat. Désarmée, ma jeunesse répond plus que jamais aux sirène de l'immigration. Du Boundu au Gajaaga, les maisons sont vides. Toute la force vive de mon terroir s'est envolée vers d'autres cieux, souvent au prix de leur vie. La conjoncture actuelle du Sénégal leur a donné raison. Bon nombre d'entre eux devenus émigrés arrivent à subvenir convenablement aux besoins des familles Bakéloises.
Ma jeunesse demande à travailler. Elle demande des investissements viables dans le domaine de l'agriculture, de l'élevage, de l'artisanat...Le département de Bakel vient de se doter d'un centre de formation professionelle. L'accompagnement des opérateurs économiques locaux pour l'installation d'un tissu industriel de moindre envergure est plus que jamais nécessaire. Les produits issus de l'agriculture doivent être traités et transformés sur place. En trente ans de vie, j'ai vu qu'une seule usine à Bakel , fruit de la coopération avec un pays asiatique. Il s'agit de l'usine de glaces, inexistante de nos jours.
Monsieur, Permettez-moi de fustiger l'attitude de certains de fonctionnaires, corrompus jusqu'à la moelle épinière. Ils spolient la population locale et se prennent pour Dieu le père. Nous demandons un grand coup de balai pour nous débarrasser des juges et autres fonctionnaires arrogants dont la seule motivation est l'enrichissement au dos des honnêtes citoyens. Ils usent de la peur et d'autres subterfuges pour rendre docile nos populations en leur privant de leur liberté d'expression et de mouvement.
Je ne peux finir sans parler de nos braves mères et sœurs qui ne ménagent aucun effort pour nourrir nos familles. Elles s'activent autour du maraîchage, du petit commerce... Elles se débattent tous les jours pour financer les études de leurs enfants ou simplement pour faire bouillir les marmites. Souvent regroupées autour de GIE, ces femmes doivent être soutenues dans plusieurs domaines allant de la transformation des produits de l'agriculture, de l'élevage et de la pêche. Elles ont besoin de structures sérieuses de micro-crédit pour financer leurs projets.
Une petite cérise sur le gateau... Le rêve est permis. Monsieur, merci de bien vouloir rénover le fort de Bakel, le pavillon réné Caillé, patrimoines culturels et histoiriques en état de délabrement avancé.
Pour finir, je dresse un bilan très honorable de ces hommes et femmes qui ont évité la pauvreté aux ménages Bakélois. Je veux nommer les émigrés sans qui le département de Bakel aurait glissé dans l'extrême pauvreté. Depuis maintenant un siècle, les émigrés assurent les rations alimentaires, la santé et l'éducation des populations de cette partie du Sénégal oriental. Les écoles, les centres de santé, les forages, l'électricité et bien d'autres équipements sont le fruit de leur labeur. De Bakel commune au plus petit village Peulh du département, l'émigration fût et demeure toujours le seul soutien. Il faut savoir que ces hommes et femmes sacrifient souvent la vie de leurs enfants dans l'immigration pour le seul confort de la famille Sénégalaise. Ces Hommes acceptent l'inacceptable pour le confort de leurs villages. L'heure est venue de les soulager. L'Etat doit plus que jamais jouer son rôle. Il doit accompagner ces émigrés à juguler les maux du département en les aidant dans l'investissement et la création d'emploi. Cinquante ans d'abandon ! Cinquante ans de duperie ! Nous espérerons que la fin soit proche.
PS : Cette lettre ouverte s'adresse à tous les candidats à l'exception d'Abdoulaye Wade. Ces 12 ans de règne ont plus affaibli mon peuple. Je ne peux rien esperer de cette homme qui ridiculuse mon peuple.
Samba Fodé KOITA, www.bakelinfo.com
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