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Djiby_Drame

Il est l’enfant prodige du peuple mandingue. Conscient de cela, Djiby Dramé porte haut la main l’étendard de cette ethnie. Dans sa villa située à la Cité Keur Gorgui, le «Roi du Bazin» prépare activement sa Nuit du Bazin prévue le samedi 9 août prochain. Dans cet entretien qu’il nous a accordé, le lead vocal du groupe Djalicounda revient sur l’originalité de cette soirée.  Empreint de sentimentalité surtout quand il s’agit de parler de sa «Mama Chérie», Djiby Dramé répond par le mépris à ses détracteurs qui l’accusaient de se travestir lors de ses soirées.  Ses succès et déceptions, sa terrible enfance, le piratage, Macky Sall, le «Roi du bazin» vide son sac avec une sensibilité très imaginative et un idéalisme irréductible. Romantique !

 

Vous célébrez le samedi prochain, la 10ème édition de la Nuit du Bazin.  Comment préparez-vous ce grand évènement ?

Effectivement. Je prépare la 10ème édition de la Nuit du Bazin qui aura lieu le 9 août incha Allah. Les  Sénégalais sont déjà habitués à cet évènement, de même que la diaspora et tous les Africains. La  Nuit du Bazin a débuté en 2005. Aujourd’hui, on en est à la dixième édition. On la prépare comme d’habitude. Mais comme c’est la dixième du genre, on va réserver au public de bonnes surprises pour marquer les dix ans de cet évènement. Le lieu compte beaucoup parce pour cette année, ce sera le Grand Théâtre. Je donne rendez-vous à mes fans et à tous ceux qui aiment Djiby Dramé  de venir tôt, parce la mise en place est prévue à 20 heures.  Comme ça, on va commencer tôt et on verra un très grand Djiby Dramé.  

Est-ce que vous mesurez vous-même l’ampleur  que la Nuit du Bazin a aujourd’hui auprès de vos fans ?

C’est normal. Seul le travail paie. Dans le travail, il faut avoir de  la  discipline, la  persévérance mais aussi croire en soi-même. Ce sont des facteurs essentiels pour atteindre la réussite. Aujourd’hui, personne n’est dupe. On sait ce qui est bon ou mauvais. La Nuit du Bazin ne m’appartient plus. Elle est pour les Sénégalais, les Africains et la diaspora.

Pourquoi avez-vous choisi de faire du bazin votre marque déposée, une tendance vestimentaire ? 

D’abord, le bazin est un boubou traditionnel. C’est à nous. Deuxièmement, c’est du consommer local  et identique à notre culture et à ce qui nous appartient. Le bazin est utilisé lors des évènements islamiques. Même au cours des cérémonies culturelles, il est usé. Nous les Mandingues, nos chansons  s’identifient à notre habillement. Le bazin nous rappelle notre culture, nos ancêtres. Si on l’utilise aujourd’hui, c’est parce cela nous appartient.

De plus en plus, cet évènement offre plutôt un spectacle d’argent…?

Premièrement  nous sommes des griots.  Deuxièmement, c’est mon travail. Je chante les louanges de mes fans qui, en retour, me remercient à leur manière. En dehors de cela, lorsque les fans sont contents, ils nous honorent. C’est la réalité africaine et c’est à notre plus grand bonheur. Ces pratiques ne sont pas spécifiques à la Nuit du bazin. Dans tous les autres spectacles, elles existent. 

Celle que vous nommez «Mama Chérie», semble occuper une place importante dans votre carrière ?  

Avant tout, je dois vous dire que c’est mon épouse mais aussi c’est une chanteuse. Elle a le  talent, le pouvoir, le feeling et le style pour chanter. Le duo que j’ai composé avec elle, est apprécié du public sénégalais et je touche du bois. Après la Nuit du bazin, on va préparer chacun son album. Chacun va travailler de son côté.

Il paraît que vous avez décidé de ne plus vous marier à cause de votre immense amour pour elle ?

Je suis musulman. Certes, elle gère bien son foyer, mais j’envisage d’avoir quatre femmes. Toutefois, elle fait tout ce que j’attends d’elle en ce moment. Autrement dit, c’est une bonne épouse.    

Depuis 2010, vous n’avez plus sorti d’album.  Pourquoi ?    

Vous savez, une bonne production musicale peut  même nécessiter  dix années  de préparation. C’est notre culture musicale mandingue qui veut ces intervalles entre les albums. Par conséquent, on ne va pas se lasser de notre musique. Tu peux l’écouter plus d’une centaine de fois sans t’en lasser. C’est notre culture qui le recommande. C’est pourquoi, quand on sort un album, on peut rester 6 voir 7 ans avant de mettre sur le marché un autre. Mais, rassurez-vous, j’envisage de sortir un troisièmement album.

Quand exactement ?

Prochainement s’il plaît à Dieu.

Vous avez des gestes jugés féminins et vos détracteurs soutiennent que vous avez un penchant pour les hommes. Qu’est-ce que cela vous fait ?

D’abord, je rends grâce à Dieu. Je suis un responsable. Avant de me marier, j’étais un  soutien de famille. J’ai mon père et ma mère et je les aide dignement avec le peu de moyens que j’ai. J’ai ma femme qui m’a offert une progéniture. Vous avez vu ma famille. Seul le travail paie. Vous, vous ambitionnez dans le travail que vous accomplissez de servir votre famille. Ce travail, vous devez l’armer de discipline et de sérieux pour prétendre bien vivre. Moi j’ai choisi d’être artiste, je ne blâmerai pas ceux qui parlent de moi. Au contraire, c’est une motivation de plus pour pouvoir redoubler d’effort dans ce que je fais. Ce qui m’intéresse : c’est d’avancer dans la vie. Je ne regarde pas dans le rétroviseur. D’ailleurs, c’est difficile pour moi de regarder derrière. Djiby Dramé a fait ceci, il fait cela. Mais le chien aboie, la caravane passe. L’essentiel est que Djiby Dramé persévère dans son travail et gère bien son foyer. Le reste n’est pas mon problème. Les mauvaises langues ne parlent pas que de moi. Les célébrités telles que les hommes politiques, stars musicales, les businessmen  portent souvent cette mauvaise étiquette. Ce n’est pas mon problème. Je ne vis pas de ces choses. Chaque jour que Dieu fait, des centaines de personnes se font accuser de choses qui ne tiennent pas. Pourtant je ne suis pas  meilleur qu’eux. Ces accusations ne me font ni chaud ni froid. Je ne blâmerai pas ces gens qui m’accusent de travesti. Ce qui est important dans ma vie, c’est de toujours trouver des ressources pour aider ma famille. Je suis père de famille. De la mère jusqu’aux petits enfants, tous leurs  espoirs reposent sur moi.

Mais ces accusations doivent bien avoir des incidences sur votre famille et vos proches ?

Je n’écoute pas ces commentaires. N’eut été vous, je n’évoquerais même pas ce sujet. Je n’écoute même pas ces conneries.  Je suis un artiste. Je ne peux empêcher le fait qu’on parle de moi. Je cherche le meilleur dans la vie. Pour le reste, on laisse passer. Maintenant, raconter de fausses histoires est devenu un feeling. Parfois j’entends des rumeurs sur les artistes, les journalistes, les politiciens. Cela montre que nul n’est épargné par les indiscrétions. Celui qui est chez lui, échappe à ces gens. Mais nous qui sommes devant les télévisions, les radios, nous ne pouvons pas échapper à ces paroles. Heureusement qu’on ne m’a jamais vu dans des histoires dégradantes.

Il se dit que votre mère s’est opposée à votre mariage avec «Maman Chérie». Qu’en est-il réellement ? 

Je l’ai dit tout à l’heure. A partir du moment où j’ai décidé de chanter, je ne peux pas empêcher les gens de parler de moi. Depuis que vous êtes là, vous voyez l’ambiance qui règne dans cette maison. Le bonheur familial avec des enfants qui jouent, qui se chamaillent.  Ma mère vient tout juste de quitter la maison, mon père a tout récemment quitté ce bas monde (en février dernier). Ce que je peux vous dire est qu’on est en paix. Les gens disent que Djiby Dramé aime trop sa femme et que j’embrasse ma femme en public. Jusqu’à maintenant, ce sont les gens qui parlent. «Mama Chérie» a quitté sa maison parce que c’est ma femme. Nos deux grand-mères maternelles sont des parents. Elle est aussi ma cousine. Les gens racontent des histoires, mais il n’y a rien entre ma mère et elle. Aujourd’hui, je suis une référence… Rien que pour ça, je rends grâce à Dieu.  

 Enfant, vous avez beaucoup galéré avant d’en arriver là …. ?

 Ma vie d’enfant a été tout sauf facile. Tout début est difficile. Moi, je suis de Tambacounda. J’ai grandi là-bas. Mon père travaillait au Théâtre national Daniel Sorano. J’étais vraiment dans le mur. Mais à force de travailler, Dieu m’a récompensé. Je chantais au début dans les mariages, les baptêmes. C’est à ces occasions que j’ai pu acquérir un  public. Je suis venu à Dakar en 1993.

Que faisiez-vous à l’époque ?

On m’a inscrit à l’école où j’ai fait long feu. J’étais un nullard. Ensuite, je suis passé par l’Ecole des arts où j’ai fait deux ans. Après cela, j’ai obtenu un contrat à Sorano où j’ai aussi fait un an.  Fort de ces expériences, je chantais lors les mariages et les baptêmes. C’est là où j’ai obtenu un public. Ainsi, j’ai pu organiser la première édition de la Nuit du bazin en 2005. Cette manifestation m’a donné beaucoup de succès. C’est grâce à cet évènement que j’ai pu avoir un grand public avant de sortir un album.

Où trouvez-vous le bazin que vous portez ?

A  Bamako (Mali). Je suis sponsorisé par SmSéméga, une entreprise multinationale présente partout en Afrique.

Pourquoi vous-vous êtes séparé de l’un de vos meil­leurs couturiers, Al Bacharia ?

On ne peut pas parler de séparation. Al Bacharia n’est plus disponible comme avant. Il voyage beaucoup en Italie. On peut dire qu’il est entre l’Italie et le Sénégal. Il fait son business. N’empêche, il est toujours mon ami.    

Est-ce que c’est vous-même qui dessinez le modèle à vos couturiers ou l’inverse ?

C’est vice-versa. Parfois je donne mes idées : ils s’exécutent. Mais, il arrive des fois qu’ils me trouvent des modèles qu’ils ont eux-mêmes inventés.

Pourquoi vous ne portez que du bazin ?

En spectacle, je ne porte que du bazin parce que je l’ai déjà dit, c’est lié à notre culture. Mais dans la vie, il m’arrive de porter des costumes ou de m’habiller à l’européenne.   

Quelle est votre plus grande déception dans la vie ?

(Il hoche la tête pendant une minute). J’ai un spectacle que je devais honorer aux Etats-Unis. Tout le monde m’attendait. Tous les billets étaient vendus. Mais j’étais surpris de voir qu’on ne m’a pas donné un visa de travail. A vrai dire, on m’avait octroyé un visa de touriste. Dans ma jeune carrière, c’est ma plus grande déception. Cet incident s’est produit en 2008. Mes fans ont pleuré pour me voir au pays de l’Oncle Sam. Finalement, ils n’ont pas vu l’om-bre de Djiby Dramé. Des milliers de mes fans de la diaspora m’attendaient. Au  finish,  j’ai récolté un échec.   Sinon les autres déceptions sont liées à la vie.

Comme la mort de votre père en février dernier ?

La mort est naturelle. Quiconque aura vécu, mourra un jour.

Et quel est votre plus grand moment de joie ? 

Le jour où  grâce à moi, ma mère et mon père  ont quitté la location. C’était en 2007, j’avais acheté un terrain pour eux à Keur Mbaye Fall. Ce jour-là, j’étais aux anges parce que je ne  peux pas les payer. J’avais acheté ce terrain en 2001. J’ai commencé les travaux en 2004. La construction m’a coûté trois années. Ce jour reste le plus beau de ma vie. Même si je mourais aujourd’hui, je serais fier d’avoir réalisé cela. Le reste de mes joies n’est que du bonus.  C’est pourquoi, je n’ai peur de rien parce que j’ai la bénédiction de mes parents.

Quel est le genre auquel s’identifie votre musique ?

Je fais de la musique pure et dure mandingue. Je l’exploite et la change à ma guise. Je fais du jazz mbalax, reggae avec cette musique mandingue. Je suis polyvalent dans la musique.

On ne vous voit pas souvent dans des duos avec les autres artistes 

Je l’ai fait avec plusieurs artistes. Que ce soit à l’échelle nationale ou internationale. Je l’ai fait avec Mbaye Dièye Faye, avec Djily création. Dans mon pays d’origine, j’ai composé avec beaucoup d’artistes.

Quelle est votre référence dans la  musique ?

Pour moi, toutes les chansons sont bonnes. Le fait de sortir un opus est extraordinaire. Mainte­nant, le reste appartient à Dieu. C’est Lui qui décide si tel doit avoir du succès ou pas. Ma référence en musique est l’harmonie. J’écoute l’harmonie. Par conséquent, tous les chanteurs sont des références chez moi.

Pour la Nuit du Bazin, bénéficiez-vous de l’appui des autorités dans l’organisation de cette manifestation ?        

Le Sénégal subit les affres de la crise économique mondiale. Mais les autorités font ce qu’elles peuvent. Je ne jetterai la pierre à personne. Chacun fait son travail. Ceux qui ont les moyens m’aident et les autres aussi me donnent leur bénédiction. Je leur demande aussi d’octroyer aux artistes ce qui doit revenir aux artistes. S’il n’y a rien à donner, ce n’est pas grave.     

Avec la floraison d’artistes, comment peut-on identifier les vrais talents ?

Les musiciens se connaissent entre eux. J’ai déjà dit que tous les artistes se valent mais c’est Dieu qui donne le succès. C’est à travers ses prestations que les gens jugent de la vraie valeur du chanteur. C’est de là aussi qu’ils pourront le nuire. Les gens ne doivent pas dire qu’il n’y a plus de musique au Sénégal. Dans les chansons, il y a du bon comme du mauvais. Toujours est-il qu’ils identifient la bonne graine de l’ivraie. Les mélomanes ne sont pas fous.

Etes-vous satisfait du fonctionnement du pays ?

Je ne suis pas politicien. 

Mais vous êtes un citoyen sénégalais ?

Je demande au Président Macky Sall, notre père à nous tous, d’être indulgent. J’avais tenu le même discours sous le magistère du Président Abdoulaye Wade. Même s’il ne peut pas régler tous les problèmes, je lui demande de faire tout son possible pour alléger les souffrances des Sénégalais.  L’homme est un éternel insatisfait.

Vous vous plaignez souvent du piratage de vos productions. Est-ce que vous sentez des pas significatifs pour éradiquer ce mal pour les artistes ?

S’ils existent, on ne le sent pas. Aujourd’hui, l’artiste ne vit plus de ses cassettes. Aujourd’hui, on peut faire du piratage avec un téléphone portable, avec l’ordinateur. Pour moi, l’avancée des Technologies de l’information et de la communication (Tic) tue les artistes parce que ces derniers ne vivent plus de leur art. Avec ton enregistreur, tu peux vendre ce que j’ai dit. 15 ou 20 ans en arrière, ces outils n’existaient pas. Maintenant, les gens ne sont plus en sécurité quand ils parlent. Car on peut les enregistrer à chaque instant avec les téléphones portables.

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