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Korka diaw

13h. Le soleil impose sa rigueur. Nous sommes à quelques encablures de Ross Béthio, au lieu dit Colonat, à la sortie de Richard-Toll, dans une vaste étendue essentiellement composée de champs. C’est ici que se trouve un des domaines agricoles exploités par Korka Diaw. Après quelques minutes d’attente, la voici qui se pointe. Elle est à bord de son véhicule 4X4. Elle est accompagnée de son fils aîné qui fait office de chauffeur,  pour la circonstance. Cet enseignant en histoire et géographie est également chargé de la gestion des domaines agricoles de sa mère. La voiture s’immobilise. Une dame au teint d’ébène, le menton tatoué, vêtue d’un boubou traditionnel sort. Elle a la frimousse épanouie.

Elle affiche un beau sourire. On retrouve souvent ce visage angélique chez ceux qui ne semblent n’avoir plus rien à démontrer. « Désolée du retard, j’ai des invités à la maison. J’ai d’ailleurs dû les laisser, afin de pouvoir honorer le rendez-vous », s’excuse-t-elle. Corka a spécialement fait le déplacement pour nous montrer un de ces champs. Le domaine qui s’étale à perte de vue, tient sur 50 hectares. « Encore que ce n’est pas la plus vaste de mes propriétés. Seulement, la plus proche de mon domicile », précise-t-elle.

La maison de Korka est, en effet, située à Richard-Toll au quartier Campement Premier. Une imposante villa qui se décline fièrement, un étage qui s’impose dans un espace essentiellement composé de maisons basses. Devant le portail, une ribambelle de voitures, essentiellement des 4X4. À l’intérieur de la maison, un imposant espace s’ouvre à la vue des visiteurs. Le lieu sert de salle d’attente. Il est orné avec sobriété. Seuls quelques fauteuils, du reste très ordinaires, servent de décor. C’est sur la terrasse que la dame nous accueille. Elle est entourée de parents et amis, mais également de collaborateurs, venus s’enquérir de ses nouvelles.

Korka Diaw est la présidente du Réseau des femmes agricultrices du Nord. Le Réseau  étend ses tentacules de la région de Saint-Louis à Bakel, dans la région de Tambacounda. Elle débute ses activités en 1991 avec un hectare et demi. Aujourd’hui, elle exploite des centaines d’hectares, contrôle une unité de production qui emploie plus d’une centaine de personnes. « Cette unité produit 2 tonnes et demi de riz par heure », fait-elle savoir, soit l’équivalent de la surface qui lui était affrétée, au début de son aventure. Du brisé au fin brisé en passant par l’intermédiaire, toutes les variétés de riz sont produites par la dame. « Je me suis toujours évertuée à ne dépendre de personne. C’est ce qui d’ailleurs m’a amené très tôt à m’activer dans tout ce qui pouvait licitement m’apporter des revenus, tout en me départissant d’une quelconque dépendance, vis-à-vis de qui que ce soit », souligne-t-elle.  

Battante dans l’âme

Business woman dans l’âme, Corka s’est vite tournée vers le commerce. Elle venait à peine de sortir de l’adolescence et de tourner le dos à l’école. Au tout début, elle s’activait dans la cuisine. Des mets qu’elle concocte spécialement chez elle, avant d’aller les écouler sur le marché local : frite, sandwichs, pain, tout y passe. Elle est à peine âgée de dix huit ans lorsqu’elle s’est retrouvée avec sa propre boutique. Avant d’ouvrir celle-ci, elle se donne le temps d’observer le marché. En bonne femme d’affaires, l’étude du marché s’avère incontournable pour mener à bien son projet. « Les gens avaient besoin de bols et de tissus. La demande était très forte. Dès que je l’ai compris, je me suis lancée dans ce créneau ». L’aventure s’avère fructueuse. La dame se fait vite un nom dans sa localité à travers son petit commerce. L’appétit venant en mangeant, elle se donne le temps d’un repli et réfléchit sur un secteur plus porteur : l’agriculture. « J’ai tout de suite pensé à l’agriculture. Le riz étant quotidiennement consommé, je ne pouvais trouver meilleur créneau. La localité dispose de suffisamment de surfaces irrigables, le soleil est un atout, l’eau coule en abondance », lance-t-elle.

Des débuts difficiles…..

Korka décide donc de se lancer dans la culture du riz, entourée d’un groupe restreint d’amis. Ils sont 35 dont 27 femmes. Elles se cotisent, chacune est tenue d’apporter, chaque jour la modique somme de 50 FCfa. L’argent collecté sert à l’achat d’engrais et de produits agricoles. La première aventure s’avère payante. Non seulement la récolte a été bonne, mais chacun a pu disposer de bénéfices. C’est alors que l’équipe décide de poursuivre la collaboration et d’exclusivement se consacrer à la culture du riz. Mais tant qu’il s’agit d’écouler un hectare, peu de difficultés est susceptible d’entraver la bonne entente. C’est quand les choses sérieuses commencent que les obstacles, comme pour refroidir la détermination, font surface. Et c’est ce qui est arrivé. Aujourd’hui, c’est avec un brin de sourire que Corka se souvient des entraves en question. « Nous avons eu pas mal de difficultés lorsque nous avions décidé d’étendre la surface d’exploitation. Les Sénégalais étaient vraiment sceptiques à l’idée de consommer ce riz qui leur est inconnu », relève-t-elle. Côté foyer, la compréhension de son conjoint n’était pas totalement acquise. « Mon mari n’avait pas forcement compris la portée de ce que j’ai choisi de faire. Il m’en voulait parfois, ce qui était de nature à menacer mon foyer. C’est vrai qu’aussi je n’ai pas également été toujours présente pour suivre l’éducation de mes enfants, comme il fallait. J’étais tout le temps occupée par les travaux champêtres. Il nous est également arrivé d’être victimes de criquets venus ronger nos cultures, mettant en cause toute notre production », se souvient-elle. 

Des histoires qui démontrent à souhait combien les débuts étaient difficiles. Il y a, par exemple, l’expérience de sa première participation à la Foire internationale de l’agriculture et des ressources animales (Fiara) quand elle a eu du mal à écouler les deux tonnes de riz qu’elle avait amenées. Elle repartira à Richard-Toll avec une tonne. Elle confesse toutefois qu’à l’époque, la qualité du riz proposé laissait également à désirer. Les infrastructures n’étaient pas de pointe et les machines de qualité pas accessibles au plus grand nombre. Du coup, le riz local n’était pas traité comme il sied. Mais, depuis, beaucoup d’eau a coulé…dans les rizeries. Aujourd’hui, le riz du Walo  a connu une nette amélioration dans le traitement et l’exploitation. Le riz se consomme bien.   

L’autosuffisance en marche

Preuve que la pluie est dépassée et que le beau temps s’est enfin pointé, aujourd’hui, Korka ne se déplace pas avec moins de 60 tonnes quand elle se rend dans les foires commerciales. Et ce n’est même pas suffisant pour satisfaire la forte demande. « A toutes les foires auxquelles nous prenons part, nous écoulons facilement tous nos stocks. La demande ne cesse de croître », relève-t-elle. Les Sénégalais ne doutent plus de la qualité du riz proposé.

Korka Diaw est d’avis que l’autosuffisance en riz est en marche. La dame qui se refuse à parler dans le vide évoque des données concrètes qui démontrent que l’atteinte de cet objectif est bien sur la bonne voie. « La comparaison est très explicite. Lorsque nous avions entamé nos activités en 1991, à l’époque, toute la vallée exploitait 12.000 hectares. L’aménagement était sommaire. Le matériel agricole était archaïque. Aujourd’hui, nous en sommes à 60.000 hectares d’exploitation. Nous avons 32 usines de traitement de riz sur le long de la vallée. On vient de nous octroyer 35 moissonneuses-batteuses, 25 autres sont attendues, 120 tracteurs sont également disponibles. Sans oublier que l’Etat a mis à la disposition des personnes qui gèrent des sociétés de traitement de riz 5 milliards de FCfa. La chaîne est active », se félicite-t-elle.

Des efforts d’investissements qui commencent à porter leurs fruits. Rien que la dernière campagne de contre-saison a permis d’exploiter 60.000 hectares, et pour cette présente campagne d’hivernage, 50.000 hectares seront exploitées, soit un cumul de 110. 000 ha exploitées. « La saison hivernale donnera 5,2 tonnes par hectare tandis que la contre-saison donnera 7 tonnes par hectare. Si le cumul est fait, l’objectif sera atteint », assure-t-elle.

Auparavant, les garanties qui étaient exigées étaient trop lourdes, ce qui faisait que les agriculteurs ne pouvaient pas avoir accès aux financements. Le gouvernement l’ayant compris,  s’est résolu à alléger les différentes garanties demandées. « 60% de nos frais sont pris en charge par le gouvernement. Une moissonneuse-batteuse qui coûte 95 millions de FCfa nous est cédée à 37 millions. de FCfa La machine qui coûte 46 millions de FCfa nous est cédée à 16 millions de FCfa. Le reste, c’est le gouvernement qui le garantit avec un paiement étalé sur cinq années », affirme Corka. On comprend aisément le chemin parcouru et les énormes progrès enregistrés. 

Charité bien ordonnée commençant par soi-même, Corka ne s’y est pas trompée. Bien entendu, elle fait appel aux services de travailleurs recrutés sur la seule base de leur détermination et leur savoir-faire, mais également, elle a fait en sorte que ses enfants soient au cœur du système de gestion. « Nous avons créé plus de 42 emplois directs dont 18 sont des permanents, le reste ce sont des journaliers. Il y a également des emplois indirects, tels que la manutention et le déplacement du riz. Nous avons également fait en sorte que nos enfants s’intéressent à ce que nous faisons afin que la relève soit assurée », ajoute-t-elle. L’héritage sera sauf.

 

Auteur: Le Soleil -  Le Soleil

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