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Le Collectif des Artistes Plasticiens (CAP) basé à Genève est déjà à pied d’œuvre pour l’organisation en décembre prochain de la dixième édition de TGD (Tambacounda-Genève-Dakar) dont le parrain est le ministre d’Etat Amath Dansokho. Une trentaine d’artistes d’environs seize nationalités sont attendus à Dakar à l’occasion de cette grande manifestation culturelle faite d’échanges, de workshops, de rencontres, d’expositions collectives, de concerts ou encore de conférences-débats dont le thème est « Hospitalité-Universalité ». Dans cet entretien que le président du CAP nous a accordé, Ousmane Dia revient sur les temps forts de cette manifestation tout comme sur les problèmes de sa région natale Tambacounda pour le développement de laquelle il se dira prêt à mouiller le maillot.

Ousmane Dia qui êtes vous?


Je suis un fils de Tambacounda, artiste plasticiens formé à l’École Nationale des Beaux-arts de Dakar et de l’École Supérieure d'Arts-Visuels de Genève. Je suis également un gestionnaire culturel diplômé des Universités de Genève et de Lausanne en Suisse mais aussi un médiateur culturel diplômé de l’École des Études Sociales et Pédagogiques de Lausanne toujours en Suisse. Enfin je suis professeur d'Arts Visuels au Cycle d'Orientation à Genève.

Vous êtes présentement au Sénégal pour préparer la 10e édition du projet d'échanges artistiques et culturels TGD10. C'est quoi TGD ?

TGD (Tambacounda-Genève-Dakar) est un projet d'échanges artistiques et culturels qui se déroulent à tour de rôle dans ces trois villes. Ces projets sont initiés par le Collectif des Artistes Plasticiens (CAP) qui est une association à but non lucratif que j'ai fondée à Genève en 2000, conformément aux articles 60 et suivants du Code Civil suisse. En 2003 une association sœur poursuivant les mêmes objectifs a été créée à Tambacounda selon des statuts conformes aux dispositions de la loi 68-08 du 26 mars 1968 et du décret n° 76-040 du 16 Janvier 1976 et celle-ci a obtenu le récépissé de reconnaissance d’association n° 006/ GR. TC.

Quels sont les objectifs principaux que vous visez à travers l'organisation annuelle de cette manifestation culturelle?

Un des objectifs prioritaires à l’origine des projets TGD, est de donner l'opportunité aux artistes sénégalais de se connecter aux réseaux artistiques nationaux et internationaux. A ce jour, ce sont des artistes Tambacoundois qui ont majoritairement bénéficié des opportunités créées par le CAP et les impacts des projets TGD sont indubitables. Plusieurs d’entre eux ont accédé à une formation à l’École Nationale des Arts de Dakar et exposé leurs travaux à Dakar, à Tambacounda ou à Genève dans des lieux reconnus. Ils ont pu ainsi échanger et créer des liens avec des artistes confirmés.

A travers les 9 éditions des projets TGD, le CAP a pallié en partie l’absence de toute forme de politique culturelle en matière d’arts plastiques dans les régions au Sénégal. Le CAP a jusque là joué également un rôle particulier dans l’ouverture qu’il offre aux artistes non Africains vers les milieux artistiques du continent.

Pour tous les artistes prenant part aux échanges TGD, mais aussi pour le public et les étudiants d'écoles d'art ou collégiens, le cadre mis en place pour chaque projet constitue un lieu et un temps privilégiés pour s’immerger dans de nouveaux contextes culturels.

Le CAP s’engage également dans ses projets à favoriser les échanges entre artistes du Sud, particulièrement ceux issus de pays où les politiques culturelles sont peu développées ou inexistantes. Par ailleurs, l’obstacle économique aux échanges entre artistes du Sud est non négligeable, à cause des contraintes liées aux trajets par avion qui ne relient jamais directement ces destinations. Cette situation oblige paradoxalement les artistes à transiter par les pays du Nord, doublant, voire triplant, les coûts de transport.

Le CAP poursuit le processus TGD parce que l’évolution des parcours d’artistes est passionnante et que ces rencontres à géographie et durée variables, auxquelles des artistes de tout style, prennent part régulièrement ou une seule fois, sont des espaces et des temps où se concentrent et se brassent des énergies. Plus qu’une rencontre entre artistes de diverses origines, c’est celle de différents statuts d’artistes: des artistes reconnus internationalement avec de jeunes artistes, des artistes sortant des écoles d’arts avec des autodidactes, des artistes utilisant la technologie numérique avec des artistes travaillant la terre, la peinture, le bois... en somme, notre monde dans sa diversité.

Quels seront les temps forts de cette 10e édition?

Le concept de TGD10 repose sur les bases communes aux précédentes éditions : rencontre, échange, workshop, expositions collectives, performance, conférence-débat, séminaire et visites. TGD10 qui se déroulera du 26 décembre 2013 au 4 janvier 2014 à Dakar, réunira 30 artistes de 16 nationalités ayant un parcours international aux côtés des étudiants du département arts plastique de l’École Nationale des Arts de Dakar. Une exposition collective est prévue au Musée IFAN, un concert de musique classique au Théâtre National Daniel Sorano, un workshop entre les artistes invités et les étudiants de l'ENA, une conférence autour de La « Médiation artistique critique » qui sera animée par Mme Barbara Waldis, suissesse, Docteure en philosophie, professeure-chercheure HES domaine Santé & Social et formatrice en médiation culturelle à l’École des Études Sociales et Pédagogiques de Lausanne en Suisse. Cette conférence devra réunir les artistes et étudiants invités, un panel de critiques et d’historiens d’art, de curateurs, et le public dakarois à la Maison de la Culture Douta Seck. Enfin pour accompagner l’État du Sénégal dans la mise en œuvre de sa politique culturelle, le CAP mettra en place un workshop sous forme de séminaire autour de la médiation artistique destiné aux directeurs et directrices des douze centres culturels régionaux du Sénégal.

 

 

Avez vous reçu le soutien des autorités sénégalaises d'autant plus que le projet se passe à Dakar et qu'une trentaine d'artistes de seize pays sont attendus?

Pour le moment, nous avons reçu des promesses de soutiens de la part des autorités sénégalaises. Des dossiers sont adressés à qui de droit et nous sommes optimistes. Vous savez, depuis la première édition, nous avons reçu une seule fois un soutien de l’État du Sénégal en 2002 lorsque les artistes sénégalais devaient venir à Genève dans le cadre de la 2e édition. Dieu seul sait ce que nous avons enduré pour avoir ce soutien.

Je pense que l’arrivée du Président Macky Sall à la tête du pays est une grande opportunité pour le monde de la culture au Sénégal. Il n’a apparemment pas l’ambition d’occuper l’espace culturel par sa propre vison. Il semble être preneur de toute initiative salvatrice. C'est pourquoi, je reste persuadé que le gouvernement du Sénégal nous accompagnera d'autant plus que le Président avait personnellement pris part à la 8e édition de TGD qui s'était déroulé à Dakar du 25 décembre 2009 au 05 janvier 2010. Aujourd'hui, les deux tiers du budget de TGD10 sont acquis.

 

 

Vous êtes plasticiens ayant fourbi ses premières armes à l'école nationale des Beaux-arts de Dakar. Quel regard portez-vous sur la politique culturelle du Sénégal?

L’industrie de la Culture est l’une des plus grandes pourvoyeuses de richesses au monde. Le Sénégal à des artistes qui, en plus d’être devenus des succès économiques et financiers, font la promotion de notre pays mieux que n’importe quelle ambassade.

La culture est un des grands chantiers que notre pays doit poursuivre avec vigueur pour renforcer, tant auprès des citoyens sénégalais que sur le plan international, l'image d'un pays porteur d'une identité culturelle forte, conscient de la valeur de sa tradition, de son patrimoine, tout en étant capable de se projeter dans l'avenir en accompagnant les diverses formes d'expressions artistiques de la création et de la culture sénégalaises. En effet, ici aussi réside l'opportunité de se positionner avec détermination dans le concert des nations africaines pour l'avènement d'un continent qui restaure enfin sa grandeur en se réappropriant ses ressources culturelles et artistiques inépuisables. Ces ressources ont grandement contribué en d'autres temps, à l'avènement de la modernité de l'art et de la culture en Occident. Le Sénégal possède une réserve immense de talents artistiques et nous devons créer les conditions de leur éclosion.

Le régime d’Abdoulaye Wade s’était lancé dans des réalisations d’ouvrages culturels de prestige, en oubliant ceux qui font la culture. Wade et son gouvernement ont manqué l’occasion inouïe de mettre en exergue l’étendue du génie créateur sénégalais.

Aujourd'hui, les structures de formations artistiques sont quasi inexistantes au Sénégal et les seules qui tiennent encore, datant pour la plupart du temps de Senghor, sont tombées en déliquescence, faute d’une politique de suivi et de gestion efficiente. Le Sénégal en 2013 souffre encore d’un déficit alarmant d’infrastructures culturelles aptes à la formation, à la création tout comme à l’expression et à la diffusion.

Le gouvernement de Macky Sall doit mettre en place une vraie politique culturelle afin de permettre aux artistes de vivre de leur art. Parce que l’art rapporte, il rapporte d’ailleurs plus que n’importe quelle autre industrie.

En quoi consiste le métier d'un gestionnaire culturel et d'un médiateur culturel ?

Le métier d'un gestionnaire culturel consiste à concevoir, à gérer et à évaluer un projet culturel. La formation que j'ai suivie couvre les domaines de la culture, du management et des ressources humaines. Elle associe les concepts et outils de gestion aux pratiques professionnelles et réalités culturelles.

Pour définir ma conception de la médiation culturelle, je vais emprunter celle de Bernard Lamizet selon qui: « La médiation culturelle ne s'inscrit pas seulement dans des pratiques et dans des œuvres : elle s'inscrit aussi dans des logiques politiques et dans des logiques institutionnelles. (…) La médiation culturelle fonde, dans le passé, le présent et l'avenir, les langages par lesquels les hommes peuvent penser leur vie sociale, peuvent imaginer leur devenir, peuvent donner à leurs rêves, à leurs désirs et à leurs idées, les formes et les logiques de la création ». Le médiateur culturel est un intermédiaire entre une œuvre ou une culture et un public. Il met en place des conditions qui permettent à un public donné de faire une expérience esthétique.

Selon John Dewey, philosophe américain majeur du courant pragmatiste, « l'expérience esthétique est un des modes d'expériences les plus profonds que l'être humain peut faire ». Et William James nous dira que « vivre c'est expérimenter ».

Dans mes actions de médiation culturelle, je mets en avant le rapport à l'imagination et à l'imaginaire qui pour moi est une chose capitale d'un point de vue démocratique comme d'un point de vue existentiel. L'imagination a une faculté qui est de nous permettre d'imaginer un autre monde que le nôtre, le dépassement d'une réalité qu'on trouverait insuffisante d'un point de vue existentiel, d'un point de vue social. Pierre Bourdieu nous enseigne qu'en matière de culture, on a affaire à des besoins secondaires. Selon lui ce sont des besoins dont la privation ne nous donne pas le sentiment de la privation parce qu'on n'a pas créé cet horizon d'attente chez nous.

L'enjeu et l'intérêt de l'approche sociologique de l'art, c'est de voir comment prendre en compte tous ces éléments qui font obstacle à l'accès à la culture, à cet idéal de la démocratisation de l'art et à un idéal de la philosophie esthétique.

 

 

L’un des maux de votre ville natale Tambacounda reste, sans nul doute, le chômage chronique des jeunes.  Avez-vous une solution face à ce phénomène ?


Quand il n’y a aucune infrastructure dans une ville, il est quasi impossible d’y créer de l’emploi et pour qu’il y ait des infrastructures (usines, magasins, hôtels, sociétés de transport) il faut qu’il y ait de la production. Tambacounda pourrait être un pôle de développement agro-industriel. Il suffit de mettre en place de grandes entreprises agricoles viables, avec tout ce qui il y a comme dernière technologie en termes d’agriculture et d’élevage. Des unités de transformation, des entrepôts frigorifiques, des compagnies de transport et d’autres services naîtront et il y aurait des emplois  pour des jeunes. Pour qu’il y ait des emplois, il faut une bonne politique de formation. Il faut que le Centre Universitaire Régional de Tambacounda devienne vite une réalité. Il faut des instituts de formation aux métiers des mines et de l’agriculture tout comme des écoles de formation professionnelle.

J'ai un projet qui consiste à la création d'un périmètre d'art plastique et appliqué à Tambacounda que j'ai appelé « Art Kunda ». Ce sera un espace de création, de promotion et de diffusion pour les artistes et acteurs culturels du Sénégal et de la sous-région. Je le soumettrai à qui de droit.

Tout le monde reconnaît que Tambacounda est une région regorgé de cadres. A votre avis, ces derniers ont-ils réellement joué leur partition pour l’émergence de leur terroir ?

Mon avis est que tous ceux que vous appelez cadres sont profondément attachés à leur terroir et je suis pertinemment convaincu que s’ils avaient les moyens de faire briller Tambacounda de mille feux, ils allaient le faire. Mais Tambacounda est ce qu’il est, suivez mon regard, l’on préfère prendre 1000 francs à un homme politique et bousiller son avenir. Regardez autour de vous et dites moi s’il y a une seule commune dans ce pays et dans la sous région Ouest africaine, de surcroît une commune chef lieu de région, dirigée par un maire analphabète que l’on a préféré à des cadres!

Non que je voulusse dédouaner les cadres auxquels vous faites allusion, eux aussi ont le devoir de mouiller le maillot pour faire sortir Tambacounda de l’ornière du mal développement, maintenant en quoi faisant, c’est là toute la question. En ce qui me concerne, j’ai déjà pris langue avec certains Tambacoundois de la diaspora, je continuerai tant que j’aurai la santé et les moyens de le faire pour que nous puissions nous réunir autour de l’essentiel : Tambacounda dans un Sénégal uni et prospère.


Certains définissent la politique comme une activité consistant à servir le peuple. Sous ce rapport, Ousmane Dia pourrait-il investir le champ politique un jour ?


Les questions politiques sont des questions de tout le monde, les questions de tout le monde sont des questions politiques. Sous ce rapport, il arrivera nécessairement un jour où je descendrai dans l’arène politique, pas pour exceller dans la politique politicienne, mais pour être au service des populations afin de les aider à transcender leurs nombreux problèmes qui perdurent depuis l’accession de notre pays à la souveraineté internationale. Jusqu’ici au Sénégal, l’on parle de routes, de structures de santé, d’infrastructures structurantes de base, d’emploi, d’électricité, d’eau… je trouve que cela est tout simplement incompréhensible et abracadabrant.

 

 

Le rêve d’Ousmane Dia pour la région de Tambacounda ?

Faire de Tambacounda le second pôle de développement économique du Sénégal. Il y a les dernières réserves forestières du pays, il y a des terres cultivables, il y a un patrimoine culturel inégalable, il y a des ressources minières, il y a de l’espace et il y a des hommes et des femmes plus que jamais déterminés à renverser la tendance.

Propos recueillis par Boubacar Dembo Tamba  / www.tambacounda.info /

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