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La Voix du département de Bakel

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« Il n'y a pas de petites économies." dit –on !

Les Soninkes vivent pour l’argent. Où qu’ils soient, ils pensent à la fortune. L’argent est aujourd’hui la clé du monde. A la question, quelle est la vraie richesse du monde, plusieurs répondront la santé… Mais pourtant quand ils se lamentent sur leur pauvreté, ils oublient la grande richesse du monde et ne pensent qu’au «  Xalissi » (argent). Depuis belle lurette, les Soninkes ont compris que la fortune se trouvait hors de leurs terroirs. Plusieurs de nos parents ont choisi de partir à l’aventure d’abord en Afrique centrale et plus tard dans les pays occidentaux. Aujourd’hui, les Soninkes sont visibles partout sur la surface de la terre. Là, ou il y a l’or, le diamant, il est probable de croiser un Soninké. Ils ont «  Konko » (vider ) l’or du Congo, ramasser le diamant de l’Angola, récolter les euros de l’Europe et dompter les dollars des USA. Le Soninké sans argent est comparable à un Marabout sans chapelet. Les fils du département de Bakel ne dérogent pas à cette règle. Ils sont nuit et jour à la recherche de ce sésame. Aujourd’hui, nos familles vivent à la sueur de nos fronts… Bakel ne compte pas sur l’Etat mais sur ces fils dispersés dans le monde comme des rebelles dans un maquis, toujours prêts à mourir pour la cause familiale. Mais il est légitime de se demander où les Soninkes de Bakel déposent leur argent. Si l’on sait que la France a un système économique où la banque joue un rôle important, notre département est aux antipodes de ce système. En France, les immigrés déposent leur argent dans les banques… Que ce soit pour recevoir leurs salaires ou mettre leurs économies. Mais tout le monde sait que l’argent de l’immigré doit franchir les frontières. Les Bakélois doivent sans aucun doute rapatrier une partie de  cet argent au pays pour les besoins de la famille mais aussi pour leurs projets. Ils utilisent alors le « Fax »… Le « Fax » n’est rien d’autre qu’un «  Western Union »  à l’africaine.

 

Confier l’argent à un «  Faxeur » généralement au foyer qui à son tour crédite votre compte au pays en attendant que votre famille passe le recouvrer : tel est notre mode opératoire de nos jours. Je ne vais certainement pas m’attarder sur ce système de transfert d’argent mais à sa finalité. Après le recouvrement par la famille, que devient cet argent ? L’argent est destiné dans l’immédiat à régler les dépenses alimentaires ainsi que les besoins sanitaires et autres …

Généralement une grande partie de l’argent sera thésaurisé. La thésaurisation est le fait d’amasser de l’argent sans le dépenser. Dans le département de Bakel, on ne demandera point à grand-mère ou grand père son numéro de compte bancaire parce que même le commerçant du village n’en a pas. Les retraités font des sempiternelles aller- retours pour recouvrir leurs pensions pour ensuite le thésauriser. Alors pourquoi thésaurise t-on autant dans le département de Bakel ? La réponse est simple : Pour épargner, déposer de l’argent, il faut des banques et le département de Bakel ne dispose d’aucune banque classique. Ne chercher pas de SGBS, CBAO, BHS à Bakel, il n’y a point leur ombre dans la capitale du Gajaaga. Les personnes averties iront déposer leur argent dans ces mêmes banques  à Dakar ou dans leurs agences commerciales à Ourossogui (Village situé à quelques 300 Km de Bakel). L’argent de nos parents retraités, des petits commerçants et des immigrés seront planqués sous le tapis de la chambre, dans le grand boubou de Papi ou mieux dans la vieille mallette de tonton, souvenir de son périple congolais ou européen. L’argent n’est alors point en lieu sûr dans le département de Bakel. Je me demande souvent où Ma courra, grande commerçante de poissons au marché de Bakel garde son argent ? Franchement, malgré la confiance que l’on accorde à nos proches l’argent ne doit pas être au vu et au su de tous ? Il doit être gardé en lieu sûr et se faire fructifier. Ne dit-on pas souvent «  Gode ya ni gode ritini » (Une pièce d’argent amène une autre pièce d’argent). Les banques pourront certainement garder cet argent ou le mobilier pour faire travailler d’autres personnes. Certes la banque en est elle-même n’est pas le lieu le plus sûr vu la crise financière mondiale causée par cette dernière… mais le monde évolue, Bakel doit évoluer également. Même si l’on sait que les banques ne nous sont pas familières, nous villageois, nous devons changer de mentalité pour mettre notre argent au profit de la communauté.

Notre argent ne doit plus rester planqué dans des endroits insolites. Il doit en plus d’être déposé en banque, créer des financements pour notre département. Je ne minimise nullement la valeur des deux banques crédits mutuels du quartier d’affaires de Dar Es Salam. Elles ont leur rôle à jouer, je n’en doute point. D’ailleurs cela vient à point nommé pour les petits épargnants du département. Les petits agriculteurs, les commerçants et les « Gorgorlu » (Bosseurs) doivent être soulagés au quotidien. Ces banques leurs servent de dépôt et de financement.

Mais aujourd’hui, Il nous faut des banques classiques. Nous demandons mieux. Nous exigeons les fleurons du système bancaire Sénégalais à Bakel. On en a marre de voyager avec des millions sur les routes du Sénégal oriental. On en a marre de nous faire plumer par les coupeurs de routes. On en marre de ne pas pouvoir bénéficier d’un simple jeu bancaire pour retrouver en quelques secondes nos liquidités dans notre département. On veut entrer de plein fouet dans la modernité. Je veux que ma mère se réveille demain avec sa carte bancaire. Je ne veux plus qu’elle soit obligée de mettre des centaines de CFA sous le tapis. Je rêve de voir Gas partir à Bakel sans aucune liquidité dans les poches mais juste avec une carte bancaire que les bandits ne verront certainement pas en cas d’attaques et qu’il utilisera une fois chez lui. Je rêve de voir notre quotidien se simplifier. Certes, mettre son argent à la banque n’est point gage d’une totale sécurité mais cela peut procurer un confort et une tranquillité.  Les immigrés en France doivent aussi changer de cap. Ils doivent voir d’un point positif l’ouverture des banques dans notre département et mettre leur «  Soninkaxu » de coté. Certains me diront les banques sont des voleuses. OK !

Qui d’entre nous n’a pas son argent au Crédit Agricole, au Crédit Lyonnais, à la BNP ou à la société générale ? 

Qui d’entre nous ne rouspète pas de prélèvements douteux à la fin du mois ?

On a adopté ce mode de vie en France pourquoi ne pourrait t-on pas faire  de même à Bakel. Laissons l’argent circuler en électronique et ne plus aller déclarer 10000 Euros à Roissy lors de notre voyage.

Le monde évolue, prenons le train de la modernité. Je finirai par dire aux banques… Mettez vos calculs de coté et foncer dans le département de Bakel. On est sénégalais comme tout le monde. Je ne vois pas pourquoi Ourossogui et Bignona bénéficient d’ouverture de  banques classiques et pas nous, Bakélois. En matière de sécurité, malgré notre position frontalière avec le Mali et la Mauritanie, nous sommes au même degré que la Casamance et le Fouta. Et même le risque zéro existe-t-il ? Demandez aux banques françaises et américaines si être en plein cœur de Paris est gage d’une totale sécurité…Les braquages de banques est monnaie courante partout dans le monde. On veut nos agences ! C’est un droit pour nous et un devoir pour vous autres, banquiers.

Samba Fodé KOITA dit EYO

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