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                                              DembaTraore RadioKayes

Soninko, a do musulimo jama su ga taaxe
O na yampa ye muru me maxa linki kota.
Bawo digame xoten ni.
Gilli an gati nti, an na fo ko a na gamu yogo, a na gni an ta gemme yogo tana,
a na yogo tana yimme mama.
(Aux Soninkés et à tous musulmans ici présents pour cette cérémonie d’hommage à la mémoire de notre ami et parent Demba Traoré, pardonnons-nous les uns les autres des paroles que nous allons prononcer et qui pourraient plaire, déplaire, voire offenser l’un d’entre nous)
Prions avec nos coeurs pour le repos de son âme et que la terre de Kayes lui soit légère.

-Mes remerciements vont à toute cette assemblée venue lui dire adieu.
Aujourd’hui nous allons dire un peu « des actes du défunt que la mort elle-même renonce à emporter » selon le dicton soninké. Mais pour Demba il y en a tellement que nous n’allons en dire que quelques uns.
-Nos remerciements vont aux organisateurs de ce rassemblement, je cite entre autres :
Samba Bathily
Modiba Konaté
Fodyé Binne Koudjédji Cissé et tout son staff.
Ces organisateurs sont soutenus par les radios et les sites de communication de tous les Soninkés de France, de Kayes, de Bakel et du monde entier qui ont bien voulu rendre hommage à Demba en relayant et en diffusant notre communiqué pour cette cérémonie.
Je salue les fidèles compagnons des combats quotidiens de Demba Fenda Traoré à la Radio Rurale de Kayes, à Somankidi-Koura et à Lany parmi lesquels Maguiraga, Moussa Dalla Sarambounou, Yaffa, Traoré, Issa Bathily, Ciré Soumaré, Ladji Niangané, je n’oublie pas les autres collaborateurs ni les fidèles auditeurs et compagnons de tous les villages du Soninkara et des autres communautés de la région de Kayes qui ont toujours soutenu Demba. Je songe aux Bambaras, aux Peuls, aux Maures aux Malinkés, aux Xasonke, car il aimait ses concitoyens sans frontières, etc.
Rendons un vibrant hommage à l’épouse de Demba, Astou Goundiam et à ses enfants qui l’ont accompagné avec dignité dans son ultime combat contre la maladie.
Depuis notre enfance nous avons vécu ensemble à Bakel.
On était ensemble à Dakar dans toutes les années 1960 pour nos études au collège et au Lycée.
 Pendant la saison des pluies, on retournait ensemble en vacances à Bakel de juin à octobre.
En mars  1968, je vais en Mauritanie pour travailler aux mines de Zouérate afin d’avoir le billet pour la France que je rejoins en septembre de la même année.
 Demba est resté à Dakar, entre temps, sans soutien, il cherche sa voie. Alors, il s’engage dans l’apprentissage de l’écriture de la langue et de la culture soninkées. Les années de galère vont durer jusqu’en 1988 où une délégation de Somankidi-Koura et Lany, deux coopératives agricoles formées par les migrants retournés au pays pour faire de l’agriculture, viendra le chercher à Dakar pour aller animer la Radio Rurale de Kayes (RRK). La délégation était conduite par Modiba Konaté ici présent à la rue Bellot et Ladji Niangané qui est à Somankidi-Koura.
De mon côté, dès le début des années 1960 quand j’étais au Lycée, j’étais déjà intrigué et indigné par les accidents dans les foyers-taudis des Soninkés en France, évoqués dans les journaux français de l’époque.
C’est pourquoi à mon arrivée à Paris, je me suis aussitôt engagé dans l’alphabétisation de nos parents durant les années 1970 (la majorité de nos compatriotes soninkés de l’époque ne maîtrisant pas ou peu le français) ; j’ai même alphabétisé dans ce foyer de la rue Bellot où se tient aujourd’hui cette cérémonie d’adieu et de prière pour Demba Fenda Traoré. 
Dans l’association culturelle des travailleurs africains en France (ACTAF) dont j’étais membre, nous avions soutenu la lutte des peuples africains encore sous colonisation portugaise en leur envoyant du sang et de l’argent, on soutenait Angéla Davis et les Frères de Soledad en lutte aux USA. Les membres de la Coopérative de Somankidi-Koura étaient tous des membres de l’ACTAF, ce sont les premiers pionniers du retour volontaire au pays dès 1974.
Dans les années 1980, quand j’ai repris les études supérieures à la Sorbonne (Paris V Panthéon-Sorbonne jusqu’au doctorat), Demba était lui aussi bien avancé dans ses études de la langue soninkée à Dakar mais il était toujours sans travail fixe. Cependant, il ne m’a jamais demandé de l’aider pour venir en France. Il voulait rester au pays.
A Kayes, c’est une aventure de 31 ans où Demba a brillé de tout son éclat de pierre précieuse du peuple soninké ; on peut dire que les groupes de Lany et Somankidi ont, à travers Demba Fenda Traoré,  ravivé le feu du sonankaxu et la fierté d’être né Africain.
Il disait volontiers que l’amour de l’Afrique commence par la connaissance de soi, de sa culture et son histoire ; c’est cette voie difficile que Demba a choisie que je résume ainsi :  An xanne xara, an na Daru tu, an na  Du tu, an na kata xumbane kaane xata na ;  A na katta an  gnimme kitta (Apprends ta langue pour connaître le passé, pour te connaître toi-même, afin de mieux  préparer l’avenir ; enfin, pour être un homme libre).
Le mot liberté est lancé : An na katta an gnimme kitta (Tu pourra être maître de ton destin) ; Demba Fenda Traoré était fier et libre, il en avait le courage physique et intellectuielle. Il aimait la vie et s’éclatait avec ses kallengoro, ses jooto, ses jonghudan lemmo, etc. (parents à plaisanterie, et personnes du même âge, etc.)
Bon vivant, il rigolait avec tout le monde dans le sens le plus positif, il taquinait et chatouillait
même les marabouts les plus réservés qui finissaient toujours par se prendre au jeu et se détendre avec lui...   
Il profitait de tous les instants pour mettre un grain de sel au quotidien afin de nous faire oublier nos difficultés de l’instant.
Mon oncle, feu Salou Kanouté de Lany et moi-même subissions ses sarcasmes toujours amicaux et sans arrières pensées sur les Khontélankos, les Peuls Ardo du Macina en particulier… Il ne faisait pas de cadeau aux Soninkés, Bambaras, Maures, Malinkés, Wolofs, et à toutes les populations de la sous-région, chacune y avait droit… sans discrimination… et ses anecdotes se terminaient toujours dans une franche rigolade…
“Demba di i kundan sunka yimbe lighondi duna ya” (« Il a animé le feu du soir du quartier où il a vécu”, selon le dicton soninké).
Pour terminer, il ne m’a jamais dit qu’il était gravement malade (sauf qu’il avait quelques douleurs aux jambes…)  mais quand mon épouse et moi-même sommes arrivés à Kayes le 21 décembre 2018, nous étions effondrés (sans le laisser paraître) à la vue de Demba tellement diminué par la maladie.
Pourtant, il s’est mis debout comme « un I », on est allé immédiatement au studio pour saluer nos auditeurs et leur déclarer notre flamme éternelle tous les trois… juste avant l’ouverture de « son dernier festival » dont l’ouverture était programmée pour le 22 décembre. Un instant inoubliable pour Fauvette mon épouse et moi-même.
Demba Traoré, sa famille et toute l’équipe de la Radio Rurale de Kayes nous ont honorés !
Pour le 30e anniversaire de la RRK, ce festival soninké de décembre 2018 traitait des « migrations soninkées à travers le monde ».
« Le salut de l’Afrique viendra des peuples africains eux-mêmes et non des Etats », disait-il souvent. C’est pourquoi Demba a ancré son action au cœur des pays soninkés. Il est l'initiateur du festival soninké de Kayes transformé en FISO, un peu contre sa volonté (dans la forme qui lui a été donnée par la suite) car il voulait qu'il reste le FESTIVAL du peuple soninké et africain, enraciné et incrusté dans nos cultures, financé par nos populations et animé par elles. Le festival était toujours accompagné d’un concours (de trois prix) de la langue et de la culture soninkées dont le thème variait à chaque édition.
 Il a magnifié et porté la culture soninkée jusqu’au royaume des étoiles pour en faire la REINE de toutes les étoiles polaires.
Il est par conséquent, l'un des animateurs-fondateurs de la Radio Rurale de Kayes et auteur de plusieurs ouvrages en soninké.
Ces ouvrages édités par l’Association Madi-Kama Moussundo, sont consacrés à l’écriture de notre langue, à la diffusion de notre culture et de notre histoire. 
J’ai moi-même édité un ouvrage chez l’Harmattan intitulé : « Mémoires d’Ancêtres » dans lequel il y a une grande partie réservée à Ba Madi-Kama Sumina Kanouté, sa vie, ses grands proverbes et paroles. Ce travail sur le « Sage » soninké a été réalisé avec la collaboration de Demba et de tous les membres de la Radio Rurale de Kayes que nous saluons avec respect aujourd’hui. Demba et moi-même avions traduit dans cet ouvrage tous les proverbes et paroles de sagesse de Ba Madi-Kama en français.
Par ailleurs, il m’a aidé ainsi qu’Abdoulaye Bomou et leurs équipes, à écrire de sa main les noms, prénoms, adresse, profession, etc. d’une grande partie des signataires de la « Pétition Internationale pour la Restitution des Restes de Mouhamadou Lamine Darame » de son cachet et de sa bibliothèque personnelle, mise en ligne en août 2012.
Je ne vais pas m’attarder sur les émissions et les échanges de Demba avec son public, un vrai régal, ce sera trop long ici.
La jeunesse africaine doit s’emparer de son message d’amour, de respect et de paix pour tous les peuples du monde.
Alors, prions tous pour le repos de l’âme de Demba Fenda Traoré, et l’éternité pour son esprit et son œuvre.

                                                                               Yaya SY
Venez tous rendre hommage à Demba Fenda Traoré au 6, rue Bellot Paris XIXe Métro Stalingrad ce dimanche 3 mars 2019 de 13H30 à 17H. Merci à vous tous.

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