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Sur la scène de la société française, les jeunes des banlieues crient leur désarroi face à certains débordements de la poli

ce. Bien entendu qu'il y a unanimité à ne pas mettre toute la police en accusation de racisme contre les Noirs, les Arabes et autres Gitans. Nul doute que tous les policiers ne sont pas racistes en France car la police est d’abord une institution nationale de la République. Mais au-delà de la police et de ses contrôles fréquents au faciès, les jeunes expriment un « ras-le-bol » plus général et plus profond. Ils réclament plus de justice face aux discriminations de tous ordres en particulier à l'embauche, au logement et plus globalement à leur intégration et à leur promotion dans la société française. Ils veulent un changement de regard de la société par rapport à l’histoire coloniale et à celle de leurs parents qui ont travaillé et souffert en silence sans pratiquement jamais revendiquer leurs droits car dans leur "rêve de migrant" ils se pensaient comme des étrangers en transit et en instance de rentrer un jour définitivement au pays...

 

Mais les enfants de ces premières générations venues des colonies sont des Français à part entière, cependant, on continue à "les penser et à les percevoir" comme leurs parents, c'est-à-dire des Français entièrement à part, voire des "étrangers" différents des autres Français. La perception sociale les maintient à la place et au statut de leurs parents... Entassés dans des quartiers, abandonnés par leurs compatriotes dits "Français de souche", ils se sentent en marge et séparés du reste de "la page sociale utile" par un trait rouge. Ils ne se sentent dans la société française que quand ils quittent leurs quartiers pour se rendre "ailleurs" à l'instar d'un étranger dans la ville. Ils ont dans une première phase, retourné leur colère contre leurs propres quartiers, même s'ils ont fini par les considérer comme leur appartenant en propre, donc inviolables par les "Français", cette phase d’évolution est actuellement en recul.


Dans les lycées professionnels beaucoup d'entre eux se disaient, il n'y a pas si longtemps encore, "Français sur papier" et selon eux, non pas de leur fait, mais à cause du rejet dont ils s’estimaient être les victimes. Il faut panser ces blessures profondes, réconcilier tous les enfants de la France et c'est le rôle du Président de la République que de lancer une fois pour toutes, les bases d'un vrai projet sociétal qui, espérons-le, ne sera pas encore un projet mort-né de plus sur la longue liste... On est dans l'urgence, c'est pourquoi dans ce court texte, je ne peux et surtout ne veux évoquer ni l'histoire coloniale de la France, ni les statistiques actuelles à propos des inégalités sociales ; même si le Président a formellement déclaré que « la France n’effacera aucun nom », « ne déboulonnera aucune statue », pas même celle de celui qui a codifié l’Edit royal de mars 1685 en l’occurrence J. B. Colbert, qui a scellé le statut juridique de l’esclave africain dans les colonies françaises d’Amérique et qui trône pour l’éternité devant l’Assemblée Nationale. Néanmoins, l'Histoire chassée de l'école par la petite porte, est rentrée avec fracas par la grande porte de la société comme un projectile incontrôlé d’une tempête tropicale. Nul ne peut étouffer le passé qui n’est jamais passé.

L’Histoire est un défunt dont l’esprit doit être apaisé par de véridiques leçons d’histoire prodiguées à tous, de génération en génération sous peine d’un retour perturbateur. Dès lors, M. Macron a-t-il fait tout le nécessaire dans son intervention du 14 juin 2020 à 20 heures pour rassurer tous les Français ? Dans le contexte actuel où la police se sent lâchée par son chef à travers sa déclaration maladroite "sur les soupçons avérés" et sa demande d'abandon de quelques unes des techniques et "armes" utilisées lors de certaines interpellations ; dans ce contexte où les jeunes réclament justice pour la mort en 2016 d’Adama Traoré lors de son interpellation par la police ; toujours dans ce même contexte français de mise en résonnance du décès d’Adama Traoré avec celui de G. Floyd aux USA, lui aussi étouffé en direct et mort peu de temps à l’hôpital. A ce propos, le discours du Président de la République a laissé les jeunes, les minorités et une bonne partie de l’opinion en France et dans les DOM-TOM sur leur faim.


En effet, il a promis des "mesures fortes" contre le racisme, l'antisémitisme et les discriminations et a aussitôt fustigé et condamné
sans ménagement les « communautarismes » qui contribuent « à dévoyer la noble cause » des luttes contre ces mêmes fléaux. Il y a ici de sa part du raccourci et un peu de réductionnisme. S'il a eu une pensée pour la police nationale en colère en remettant les pendules à l’heure de la République (il est tout à fait dans son rôle et dans ses attributions institutionnelles) ; il n’a en revanche, pas totalement réussi sa sortie, en n'invoquant ni le cas de G. Floyd, pour qui il n'a eu aucune empathie, contrairement à ses collègues européens qui ont tous unanimement condamné cet acte inhumain (même son ami Thrump a fini par compatir à la douleur de la famille Floyd après bien évidemment moult péripéties comme à l'accoutumée…), ni celui d’Adama Traoré, même s’il se devait d’éviter d’interférer sur le cours de la justice. En évitant de mettre des mots d’apaisement sur la douleur ressentie par une partie de la population française, le Président de la République a du même coup ignoré les jeunes et les moins jeunes qui sont dans la rue en France et ailleurs et qui condamnent fermement le racisme, qui réclament justice pour G. Floyd et/ou Adama Traoré et la fin des agissements illégaux de certains policiers en France. La France doit sortir du déni et regarder son histoire en face.

Sans vouloir donner de leçons et surtout mettre de l'huile sur le feu en ces temps d’émotion, à mon humble avis de simple citoyen, ce silence du Président sur les manifestations de dénonciation du racisme à travers le monde est une erreur à réparer afin de calmer les esprits et de prendre le chemin de l'apaisement entre toutes les composantes de la société, en particulier entre les jeunes et la police nationale censée protéger tous les citoyens. C'est la voie de la sagesse, du respect de la citoyenneté et de l'humanité de chacun (e) et de tous (tes). LIBERTE, EGALITE, FRATERNITE, LAÏCITE. HUMANITE, UNE, UNIE ET INDIVISE.

Yaya SY *Auteur de : « Les légitimations de l’esclavage et de la colonisation des Nègres », L’Harmattan, déc. 2009, 453 p.

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