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SouvenirMociredin2017

Ce matin encore, comme tous les matins, blafards ou étincelants, Mocirédin se place sur sa peau de mouton qui lui sert de tapis de prière en égrenant son chapelet après la mosquée.
Il fait face à l’Est, à la Kaaba, pour implorer le BON DIEU de descendre son pardon sur les hommes, d’apaiser leurs ardeurs belliqueuses, d’installer en eux l’amour du prochain.

De temps en temps, il laisse échapper des << ALLAH ! ALLAH ! >> langoureux, signe de sa forte émotion.
Diambéré Khoumba va et vient dans l’indifférence totale de son mari, concentré sur son chapelet. Elle toussote et parvient à prononcer, tout doucement, de peur d’énerver son homme :
<<- Puis-je t’apporter le << sombi >>, la bouillie de maïs que tu aimes tant ?
Mocirédin interrompt sa retraite, rassemble toutes les graines du chapelet dans ses deux mains puis les écrase contre sa figure.
-AL HAMDOULILAH ! AL HAMDOLILAH ! Puis en criant comme celui qui a piétiné des braises, pieds nus, NON, NON et NON ! Aujourd’hui, il me faut quelque chose de plus consistant ! Y a-t-il du           << bawouya >>, ce reste de couscous du dîner à la sauce de haricot, d’arachides écrasées et de poissons secs ?
-Que t’arrive-t-il << ngnougo >>, mon mari ?
-Rien, ma chère Khoumba. Quelques fois, il faut s’arrêter, regarder derrière soi pour se donner du courage. Ce matin, je vais, je veux retourner à hier, me souvenir de mon enfance et des gens de ma génération. Laisse-moi rêver et apporte-moi plutôt ce que je t’ai demandé.
Diambéré se dandine telle une cane avec des déhanchements qui font crisser les perles soigneusement disposées autour de ses hanches. Négligemment, sans se presser, la dame s’éloigne en chantant. Mocirédin lève la tête qu’il remue, sourit timidement avant de ranger son chapelet dans la poche droite de son cafetan.
-Ah les femmes ! Elles sont diaboliques ! Elle me fait perdre le fil de mes pensées , ma chère Khoumba!
Autrefois, commence-t-il,  trente à quarante ans, derrière nous, dans le passé, il faisait bon vivre à Saré Demba ; le fleuve était poissonneux, les vaches grasses, la nature verdoyante et les hommes heureux. En Août-Septembre, les vacanciers (terme qui englobait les collégiens, les lycéens, les étudiants et les enseignants de tous ordres) d’un côté, regroupés dans l’Association des Elèves et Etudiants du Département de Bakel (AEEDB) et de l’autre, les jeunes de la ville, s’affrontaient sainement dans des matchs de football. Ces moments de liesse, occasion pour raffermir les liens fraternels, amicaux, sociaux, attiraient du monde qui venait parfois des villages environnants et de chez nos voisins immédiats, la Mauritanie. Le sens du sport, de la compétition était là, bien assimilé par cette jeunesse avant- gardiste. Comme le pensait le Baron Pierre de Coubertin, l’essentiel pour ces jeunes, n’était-il pas de partager des instants inoubliables, de terminer les rencontres dans la fraternité ? Il va y avoir un vainqueur, un seul et unique gagnant : BAKEL, pour avoir permis à ses enfants, le temps d’un  après-midi, d’égayer les populations sevrées de telles activités durant des mois.
Les vacanciers animaient vraiment  Saré Demba ! Dès leur arrivée, ils organisaient des cours de vacances, à l’époque dans l’unique école de la ville (l’Ecole Régionale, actuelle Ibrahima Malal Diaman Bathily, IMDB). Les élèves y allaient librement, avec beaucoup de joie, sûrs de trouver devant eux, des aînés engagés à les soutenir dans leurs études. Il y avait de la motivation, de l’émulation.
Les grands frères Cheikh Abdou Khadre Cissokho, Dangala Diallo (étudiants) Thierno Bocar Cissokho (enseignant), Kader Tandia, Dieydi Sy, Abdoulaye Sada Sy (nouveaux bacheliers) Oumar Diarra dit Simbiri (normalien de Mbour) et beaucoup d’autres comme Oumar Ndiaye, Boubacar Sabaly, Yaya Sy, Abdoulaye Diakhité, Malamine Dramé, Séga Diallo….se donnaient entièrement, totalement pour l’encadrement des enfants de la ville.
Ces vacanciers, comme la jeunesse << autochtone >> avaient aussi leur troupe théâtrale. Chaque groupe présentait au cours d’une soirée, un spectacle digne des artistes professionnels de Sorano. Il n’y avait  pas de salle des fêtes à Bakel : c’était à l’intérieur de la  << maison du Commandant >>, la préfecture que les artistes en herbes recevaient les spectateurs.
Un monde fou suivait leurs prestations qui éduquaient les populations. Par la même occasion, ils élevaient leur niveau de compréhension des problèmes sociaux en s’habituant, en se préparant pour leurs futures fonctions (enseignants pour certains, artistes, travailleurs sociaux pour d’autres).
Vacanciers, il est vrai, mais natifs de la ville, ils ne fuyaient pas les durs travaux champêtres imposés par les parents pour qu’ils sachent d’où ils viennent.
C’était  une séparation douloureuse à la fin des vacances : plusieurs directions s’offraient aux vacanciers. Certains allaient à Tambacounda, à Thiès, d’autres à Saint-Louis, Mbour, Dakar, Ziguinchor et même en Europe. La tristesse s’affichait clairement sans aucune honte sur les visages, en fin Septembre. A l’époque, durant toute la saison des pluies et même quelques mois après, les routes étaient abandonnées car impraticables entre Bakel et Kidira. Une pirogue motorisée reliait ces deux villes. Elle quittait les mercredis à 10 heures, à l’embarcadère, sous la mairie.
Le conducteur-mécanicien, Emmanuel Coly, originaire de la Casamance, connaissait bien les moteurs. Son amour pour son travail faisait de lui un homme respecté. Calme, il s’occupait seulement de la barre de sa pirogue à moteur durant tout le trajet et ne s’adressait qu’à de rares fois à ses apprentis. Les voyageurs l’admiraient car il représentait un certain mythe.
A l’heure du départ, la mairie, face au fleuve  Sénégal, était pleine de monde : les parents, les amis mais aussi des curieux, personne ne voulant rater le spectacle. Cet instant pathétique devait être gardé quelque part dans un coin de la tête pour se raconter aux générations futures.
<< Pom pim poh!Pom pim poh! Pom pimp oh! >>. Emmanuel Coly klaxonnait pour rendre la séparation encore plus poignante. Des mains s’agitaient en guise d’au revoir, des mouchoirs volaient dans l’air, des larmes coulaient et des cris alourdissaient cette atmosphère de départ.
C’était dans un << poto poto poto >> incessant et monotone   du moteur, depuis le mercredi matin à 10 heures jusqu’après minuit qu’Emmanuel accostait à Kidira. Le lendemain, jeudi, après une journée passée dans cette première gare ferroviaire sénégalaise, les voyageurs prenaient l’Express Bamako-Dakar à 20 heures. C’était au prix de multiples efforts et astuces que les places s’obtenaient. Une organisation impeccable s’imposait. Dès que le géant des rails, dans un bruit assourdissant, entrait en gare, certains pénétraient par les fenêtres pour réserver des bancs tandis que les autres leur remettaient les bagages dans un charivari indescriptible. Il n’y avait, à vrai dire, pas de confort dans le train, mais c’était le seul moyen de transport << rapide >> et sûr, à la portée de bourses faibles.
Avec son départ  de la gare de Kidira, les vacanciers savaient que l’ouverture des classes était imminente. >>
Mocirédin soupire. Quel soupir ?
 De satisfaction de s’être souvenu, d’avoir rappelé des moments lointains à ne pas oublier !
 De tristesse d’être à peine écouté quand il aura à raconter ses souvenirs à la jeune génération ! Ces histoires du passé ne les  intéressent pas. Il faut leur parler de TGV, d’avions ou de bateaux luxueux !
<< Tant pis. J’ai vidé mes souvenirs. Je me sens maintenant très léger après cet exercice ! Tant mieux pour moi !>>
Idrissa Diarra, www.bakelinfo.com

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