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Visite riziculture

Les eaux du fleuve Sénégal ont libéré les espaces inondés durant la dernière saison des pluies. A vue d’œil, pour traverser le cours d’eau et se rendre à Gouraye à la nage (pas en pirogue), quelques brassées seulement suffisent, tellement la largeur du fleuve a diminué ; elle s’est rétrécie comme une peau de chagrin !

Sous le soleil matinal de ce mois de Décembre, on dirait que des perles scintillent sur l’eau. Le reflet de l’astre du jour sur l’onde attire le regard de tous les passants.

 

Ce spectacle gratuit retarde l’époux de Diambéré Khoumba, Mocirédin qui va à Faloboula rendre visite à son ami Samba Amina. Il s’accoude sur le garde-fou du pont de Grimpallé et admire d’abord les rochers séculaires qui longent les rives du fleuve depuis la Préfecture jusqu’à Goundeyni puis ses yeux se promènent sur la petite exploitation de Vieux Bathily, un jardin qui alimente pourtant en salade, en choux, en gombo et en haricot le marché du quartier malgré ses dimensions réduites.

A côté de ce magnifique champ, vraiment beau à voir, des feuilles de patate, bien que remuant légèrement sous la brise venue de l’Est, embellissent le bord du fleuve.

Mocirédin continue son chemin à regret. Il dépasse la maison des Thiam et se rappelle Babacar qu’il appelait Farbel, chez les Fofana, l’Inspection de l’Education et de la Formation (IEF) ancien logement du Directeur de l’Ecole Régionale transformé en service, IMDB, chez Doyen Bathily, le CEM de Grimpallé, le logement de Dallas ayant anciennement servi pour l’Adjoint au Préfet et le Préscolaire Elisabeth Ndiaye. La nature lui présente ses charmes avec la Colline de la Tour du Mont aux singes, la Place Bocar Cissokho que la Radio Jiida FM occupait lors des Festivals Ondes d’Intégration, la Colline « Diabé- mouthiou- maya » lieu mythique où cent circoncis étaient tombés morts après avoir sucé les fruits d’un tamarinier, des pierres tombales mal entretenues, couvrant ces garçons suite au drame raconté de génération en génération sans aucune preuve palpable. Enfin Faloboula !

A perte de vue, la cuvette rizicole sourit aux visiteurs. Elle ressemble à un champ de bataille. Les riziculteurs préparent les périmètres pour une autre exploitation. Il y a moins d’animation qu’autrefois, c’est-à-dire la période de la récolte du riz où parfois toute la famille se déplace pour diminuer la durée des travaux.

L’accueil de son ami Samba Amina amène du baume au cœur de Mocirédin. Il le sait d’avance : le fils du vieux Bocar Kâ le mettra dans de bonnes conditions tant qu’il restera dans les champs.

Le souvenir des oiseaux granivores, le manque de moissonneuse-batteuse, l’impraticabilité du terrain pour l’évacuation de la moisson, tout cela rejoint le passé. Bien que les récoltes n’aient pas été bonnes, en bons croyants, les paysans remercient le BON DIEU de leur avoir donné la force de travailler et surtout l’espoir de vivre de lendemains meilleurs.

N’est-ce pas parce qu’ils croient en DIEU qu’ils ont discrètement gardé dans le sol des graines qu’ils auraient pu manger ?

N’est-ce pas ensuite au nom de cette croyance qu’ils ont continué à désherber, à irriguer, à attendre des jours avant la germination pour que suive enfin ce moment de fête qu’est la moisson ?

Ce n’est peut-être pas comme la moisson du riz dans « L’ENFANT NOIR » de Camara Laye mais la même joie traverse les cœurs.

Samba conduit Mocirédin dans les périmètres rizicoles. En grand pédagogue, il explique les ratées de la saison écoulée et tout l’espoir que lui et les riziculteurs placent dans cette nouvelle année.

Mocirédin écoute avec beaucoup d’attention la leçon magistrale de Samba. Il connaît aussi bien les domaines si variés comme l’agriculture, l’élevage et la pêche. Très humble, il partage son savoir sans rien demander en retour. Comme les maîtres d’autrefois, il ne se soucie guère du temps ! Il arpente les périmètres, difficilement imité par son hôte qui marche précautionneusement pour ne pas glisser et tomber dans la boue.

<<- L’état doit penser à nous les paysans ! En nous permettant d’exploiter judicieusement les terres (DIEU sait que nous avons beaucoup d’hectares non encore travaillées), le pays pourra atteindre l’autosuffisance en riz, cette denrée prisée par nos compatriotes. Nous aurons ainsi, ajoute Samba Amina, chacun dans sa sphère, l’occasion de prouver que la terre ne ment pas. Qu’elle est capable de faire vivre tous les hommes.

-Samba, tout le monde n’est pas paysan ! répond Mocirédin qui s’accroche au bras de son ami pour ne pas tomber. Tu le sais bien, le travail de la terre n’est pas de tout repos. Du matin au soir, le cultivateur est dans les champs, l’œil fixé sur le sol. A peine le chant, le tout premier chant du coq, il est déjà debout ! Il accompagne le soleil qui se couche puis est accueilli par la lune qui le dorlote après son dîner furtivement pris. Ses ronflements ne dérangent plus personne. Hommes et femmes connaissent la vie de paysan !

-Hommes et femmes savent aussi que le médecin, l’enseignant, le maçon, le conducteur de camions sur nos mauvaises routes, l’écolier…ont chacun des efforts à fournir. Chacun d’eux te dira que son travail est pénible ! Mocirédin, je ne suis pas contre les investissements dans l’éducation, dans la santé, cependant l’agriculture doit occuper une place importante dans notre pays.

-Tu as, comme toujours raison, Samba. Malheureusement nous ne sommes pas les décideurs, nous ne faisons qu’exécuter les politiques venues d’en haut, réfléchies pour nous sans nous consulter. Nous ne porterons ni de gilets jaunes comme en France, ni de camisoles noires, mais nous avons besoin d’un peu de considération. >>

La tête pleine d’idées, Mocirédin prend congé de son ami. Il perd un moment à Goundeyni et se souvient des célébrations mystiques faites autrefois en l’honneur de Feinda Goundeyni.

Idrissa Diarra

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