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Idrissa Diarra Berger

Le ciel n’offre plus, depuis plus de cinq mois ses gros nuages gonflés d’eau qui faisaient la joie des paysans ! Sans être triste, ce ciel présente et représente un toit, un chapeau de paille géant protecteur des rêveurs qui veulent s’éloigner de la terre !

Mocirédin ne ressemble ni au mainate, cet oiseau noir d’Asie qui imite nos voix d’hommes, ni au corbeau chanté par Jean de la Fontaine. Il traverse une période assez difficile.

Ce soir n’est pas comme tous les autres soirs : il est particulier. La lune, boule énorme, immense lampadaire, éclaire seule la terre. Les étoiles n’ont pas voulu l’accompagner dans sa veillée. Seule, majestueuse, elle surplombe le monde et l’inonde de sa lumière.

Mocirédin secoue à chaque instant la tête, montrant par cette manière de faire son désarroi, son étonnement à ne pas savoir d’où lui viennent tous ces maux qui l’envahissent.

Il se lève brusquement, entre précipitamment dans la chambre, accroche son grand boubou grisâtre, défraîchi par le temps et les rayons du soleil, sur une pointe fixée au mur puis ressort avec son chapelet bougeant entre son pouce et son index droits.

Il semble totalement perdu, le pauvre Mocirédin !

La vie parmi les hommes, la fréquentation des hommes et des femmes, tout ce qui se passe dans la ville le dégoûte.

Diambéré Khoumba s’approche silencieusement de son mari et caresse presque son épaule en murmurant son nom.

<<-Mocirédin, mon mari, les enfants se sont couchés mais ils m’ont dit qu’ils n’ont pas de stylos à bille tous les deux. Je ne voulais pas te déranger …

-Diambéré, comment oses-tu parler de stylos à cette heure de la nuit ? Pourquoi ne pas attendre demain pour me le dire ? Ne me distrais pas dans ma rêverie !

-C’est justement parce qu’il se fait tard que je veux que tu viennes te reposer. Tous ces temps-ci, je te sens stressé, tendu et cela me chagrine de voir mon homme « s’éloigner » de moi.

-Je suis toujours là, près de toi. Cependant ma Khoumba, je ne sens plus la vie en société. J’ai envie de m’isoler, d’être seul…

-Qui t’en empêche, mon mari ?

-Toi, mes enfants, les gens du quartier…Actuellement ce que je veux tenter, c’est aller discuter avec Yoro Amina Bara, le fils du Vieux Bocar Kâ afin qu’il me confie son troupeau. Je veux devenir BERGER.

-Berger ? Tu l’es déjà ! Ton troupeau, ce sont tes enfants, moi…

-Diambéré Khoumba, tu comprends bien de quel berger je parle ! La vie en ville, pour moi, devient impossible. J’ai désormais besoin de vivre avec les animaux, surtout avec les chèvres, plus bavardes que les hommes. Avec elles, en brousse, je passerai mes journées à les écouter, à les voir grimper sur les arbustes, brouter leurs feuilles, bêler gaiement, animant la nature « sauvagement ». Seul avec elles, mon bâton sur les épaules, les chèvres ne me craindront pas. Elles m’approcheront, elles me parleront.

-Mocirédin, que deviendrons-nous, les enfants et moi, si tu passes toutes tes journées en brousse avec les animaux ?

-DIEU n’existe-t-il pas, n’est-IL plus dans nos esprits et dans nos cœurs ? Chaque être qu’IL crée, boira et mangera le temps qu’IL a prévu pour lui. Vous vivrez peut-être mieux sans moi ! Qui sait ?

-Mon mari, je suis une croyante. Ma religion veut que je sois avec mon époux et mes enfants.

-Passer la journée avec les chèvres en brousse ne m’empêche pas d’aimer les membres de ma famille ! Je veux « vider » ma tête pour ne pas devenir fou ! Les hommes sont faux. Continuer à les fréquenter me transformera pire que les animaux. « Grâce » à (pas à cause de..) leur instinct, ils sont plus globaux, véridiques car réagissant dans la spontanéité. Tandis que les hommes, eux, parce qu’ils sont dotés d’intelligence, « réfléchissent » d’abord avant de passer à une option ! Je veux désormais écouter mon côté « animal », l’exploiter à fond pour devenir plus humain !

-Je te comprends difficilement Mocirédin ! Mais, tu es mari et ce que tu veux, je le veux !

-AL HAMDOULILAHI ! Dès demain, je chercherai un « bâton », c’est-à-dire une canne avant d’aller voir <<Boy Poulo>>. Il me confiera ses chèvres que je conduirai toute la journée durant dans la brousse. >>

Idrissa Diarra






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