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 Diambere Khoumba

Quand se lève le soleil, les bruits du soir disparaissent. La lune, malgré sa grandeur, sa majesté, accompagnée de ses filles, les étoiles, laisse la place à l’astre du jour et va se reposer pour avoir veillé sur la terre en l’éclairant durant des heures. Le jour, la nuit. La nuit, le jour. Ils se suivent. Ils se succèdent. L’un précède l’autre. Ils se rencontrent même et ont le temps, un court instant pour se dire bonjour, se saluer avant que l’un ne remette le témoin, le flambeau, à l’autre. Un cycle normal, immuable, que rien ne peut perturber.

Entre Konatécounda et « Louba », la Grande maison des griots, sur la Montagne Centrale, tout près de la Maison d’Arrêt et de Correction (MAC), des fillettes forment un cercle et dansent une à une. Follement, elles s’amusent. Comme des grandes, elles s’organisent pour éviter le désordre même s’il s’agit d’un jeu. Celle qui semble détenir le « pouvoir », leader naturel, Mmafily, dirige à la manière d’un chef d’orchestre les entrées et les sorties de ses camarades au milieu de la figure géométrique qu’elle a bien pris soin de tracer avant que ne commencent les chants et les danses.


Le répertoire soninké passe au peigne fin dans ce jeu ! L’on se demande où et quand, ces fillettes, ces toutes petites filles, ont pu emmagasiner autant de chansons plus vieilles que leurs grand-mères ! Du « Ndougou Demba » aux titres dédiés à Téguédou, Khoumba Méta, Sipa (grandes danseuses), Khambo Cissokho, l’inimitable batteur de « dong-donghé », le tambour d’aisselle et d’autres célébrités de la vieille époque, elles n’oublient rien ces fillettes précoces ! Si seulement, les Pédagogues suivaient nos enfants dans leur manière naturelle d’apprendre, de mémoriser, de restituer entre eux, d’avoir leur repère, l’Ecole, les enseignants, les parents, le pays y gagneraient.

Mocirédin s’est rendu ce matin dans son champ, tout juste à sa sortie de la petite mosquée de son quartier. Sur son chemin, la rosée l’oblige à se cadrer pour ne pas être mouillé. Quel mal y a-t-il à être trempé ? Les paysans n’ont-ils pas prié pour avoir de l’eau, assez d’eau afin que la saison leur permette de faire de bonnes récoltes ? Rien qu’à y penser, il se donne du courage et marche alors gaillardement sur le sentier, ignorant les herbes, admirant avec fierté le bon visage que présentent les champs à ce moment presque inespéré de la saison.

La verdure, tout autour de lui, semble l’exciter. La beauté des lieux augmente le courage de Mocirédin. Son esprit fureteur n’a pas les moyens de s’exiler. Passer

la journée dans un endroit pareil diminue le stress. L’air pur circule partout. Les oiseaux volent à son passage puis se reposent sur les branches des arbres. Des criquets sautillent d’herbe en herbe, les faisant plier sous le poids pourtant frêle de leur corps. De temps en temps, on entend au loin les cris de certains animaux familiers.

Ce n’est que tard, longtemps après la prière de 17 heures, que le mari de Diambéré Khoumba, touché par télépathie par sa dame, a décidé de quitter ce panorama digne de films axés sur l’environnement pour retourner au village. Un petit détour au fleuve pour les ablutions, Mocirédin se crée un espace pur et prie. Il reste assez longtemps accroupi pour implorer DIEU. Lui seul sait le fond de sa pensée et les demandes adressées au TOUT PUISSANT. A pas lents, la main gauche empoignant les pans de son vieux grand boubou bleu derrière le dos, sa main droite égrène son chapelet tandis que souvent, il laisse échapper des <<ALLAHOU AK BAR !>> si forts que les insectes bougent dans les herbes.

A peine arrivé, Diambéré s’inquiète ouvertement de l’absence de son époux durant toute la journée et lui présente quand même son déjeuner réchauffé. Mocirédin maugrée malgré les génuflexions de sa dame puis, en silence commence à manger. A-t-il faim ou est-ce la cuisine de sa Diambéré Khoumba qui est comme d’habitude excellente ? En tout cas, rapidement, il vide toute l’assiettée. Tout en regardant en direction de son épouse, il nettoie avec sa langue les dernières graines de riz restées collées à ses doigts. Diambéré lui apporte un pot d’eau qu’il boit d’un trait. Puis dans une démarche de grande « Dryanké », elle se dirige vers la cuisine pour préparer le thé.

Mocirédin rote et à haute voix dit : << ALHAMDOULILAHI !>> à plusieurs reprises. Diambéré Khoumba a compris le message. Pour une femme, quand un mets est apprécié, surtout par qui de droit, c’est un bonheur et un honneur mêlés. Elle lui sert ses « trois normaux »et continue à vaquer à ses multiples tâches. Quelques fois, discrètement, elle jette un coup d’œil inquisiteur à son homme, histoire de le mieux connaître, de déceler à la manière des médecins le mal d’un malade. Personne ne connaît et ne comprend Mocirédin autant qu’elle. C’est en étant très jeune (à peine ses seize ans atteints), qu’elle a rejoint la maison de son époux. Pas un jour, elle n’a abandonné le domicile conjugal. Stoïque, elle a toujours supporté les difficultés créées dans son ménage mais a aussi partagé les joies de la famille.

Diambéré Khoumba est un modèle dans son genre. Quand Mocirédin regarde son épouse, des souvenirs le rajeunissent et mettent à ses côtés une frêle jeune

fille, timide, réservée, incapable de parler en fixant du regard son interlocuteur. Diambéré Khoumba n’avait pas cette grâce, il y a quelques années. Elle l’a longtemps cultivée. La démarche, le sourire, la manière de parler aux gens, la bonne cuisine, elle a tout appris en partie avec sa belle-mère avant le décès de celle-là. La vieille Aissé Moussa, de son vivant, considérait sa bru comme un être vraiment particulier : sérieuse, travailleuse, polie, encline à toujours être au service des autres, « esclave » de son époux, cordon-bleu régalant tout le monde, presque parfaite, cette femme idéale ! Quel homme ne rêverait pas avoir à ses côtés une femme comme Diambéré Khoumba !

Mocirédin ne regrette pas que son père lui ait proposé en mariage une dame pareille, au sourire étincelant, à la peau d’une noirceur exceptionnelle, aux gestes tendres, à la démarche de reine. Son vieux père n’est pas allé si loin : il a choisi sa cousine, la fille de Kaba Diarra, son oncle. Tant qu’il le pourra, il la chantera, peut-être en compagnie de joueurs de « Khalam » en herbe, de futurs Samba Diabéré Samb ou Gandé Fadiga. Il la louera, il magnifiera les actions de cette brave dame pour la montrer aux yeux du monde comme étant une FEMME, un exemple à imiter, à suivre, à écouter, à approcher.

Idrissa Diarra, bakelinfo.com

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