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La Voix du département de Bakel

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Monument de la renaissance

Les ombres de la nuit savourent ce soir leur victoire sur la lune et les étoiles, ces astres lumineux qui ont honteusement fui pour se cacher en attendant des moments meilleurs pour réapparaître. Dans une bonne partie du quartier Yaguiné- extension, à partir de 19 heures, l’obscurité envahit les maisons en installant l’insécurité dans cette zone de Bakel. Les malfaiteurs profitent de cette aubaine, la noirceur incomparable de ces temps derniers, pour accomplir leurs méfaits.

 

Les gendarmes de la Compagnie Territoriale du Capitaine Oumar Ngalla Diallo et ceux de l’Escadron de Surveillance et d’Intervention (ESI) sur la route de Tourimé s’acquittent honorablement de leurs missions. Les bandits (voleurs, fraudeurs, violeurs, conducteurs de Jakarta ou de « clandos » indélicats) sont traqués jusque dans leurs derniers retranchements ; les dealers sont découverts et arrêtés...Cependant, il faut encore plus de vigilance de la part de ces vaillants hommes chargés de notre sécurité pour bouter hors de ces zones frontalières les bandits des grands chemins ! Les populations doivent, elles aussi, coopérer, c’est-à-dire dénoncer, indiquer aux forces de l’ordre, en toute discrétion, les suspects.

Dans un autre quartier de la ville, à Guidinkhama, la Montagne Centrale, Diambéré Khoumba et ses deux bouts de bois de DIEU, Mma Tokhora et Taata, se réchauffent dans la cuisine au climat beaucoup plus accueillant en cette période de froid.

Mocirédin revient de la mosquée du quartier, le quartier des vieux Fily Sabou, Mamadou Bougary, Sidy Koné, Bocar Ciré, Mociré Diarra, Mamadou Sakho, El Hadj Bocar Kâ, Birama Sambakhé, Barou Dia et autre Kaba Diarra…puis s’installe sans bruit sur sa natte de prière. Comme à son habitude, il égrène son chapelet. L’épouse, la plus que fidèle, Diambéré Khoumba, soulève le couvercle de la marmite qui laisse échapper un arôme qui aiguise la faim des passants retardataires qui se précipitent pour rejoindre leur demeure.

Mma Tokhora s’approche de son père pour placer des bancs avant le dîner. Diambéré Khoumba, dans sa démarche nonchalante de « Dryanké », telle une cane repue, remuant naturellement les hanches, pose avec beaucoup d’attention le couscous et la sauce de « Déré ». Elle s’assit ensuite doucement à

côté de son mari, prenant bien soin de l’avertir que le repas n’attendait que lui. Mocirédin ouvre alors le bol contenant le couscous, diminue une petite quantité et arrose le reste de la sauce fumante de « Déré ».

<<-Bismillah, dit Mocirédin! Une manière d’inviter tous à commencer à manger.

Les enfants ne se firent pas prier deux fois. Le repas se déroula en silence par respect pour le plat d’abord, ensuite pour les personnes âgées avec qui l’on partage ces moments importants de recherche d’unité familiale.

Pourtant, Diambéré Khoumba, en grande maîtresse de maison osa enfreindre cette règle élémentaire : le silence durant les repas, le pouce gauche posé sur un bord du bol, les yeux fixés sur la nourriture.

-Mon mari, que penses-tu des rues et des sites historiques qu’on rebaptise ces temps-ci, un peu partout dans le pays?

-Diambéré Khoumba, s’il te plaît, ne me pousse pas à parler de certaines choses quand je suis hors de moi ! Ne m’énerve pas davantage. Durant la saison des pluies, une bonne partie de mon champ a été inondée par les eaux. Hooré Mbéwa, le berger m’a annoncé la mort de la seule chèvre que je lui avais confiée. Chaque jour qui passe vient avec son lot de malheur ! Je ne comprends rien de la vie.

-Qu’y a-t-il à comprendre, ajoute Diambéré Khoumba ?

-Que nous ne sommes pas éternels, répond Mocirédin ; que la vie a ses hauts et ses bas. Que chaque jour vécu ne reviendra plus jamais malgré la protection des hommes du Commandant Samba Diakhité de la Brigade de Gendarmerie, véritables « Jambars » autant que ceux de la Compagnie ! Diambéré Khoumba, penses-tu que le fait de débaptiser une rue ou n’importe quel site, puis le renommer, va changer notre manière de vivre, notre façon de nous débattre pour survivre ? Crois-tu qu’en enlevant Faidherbe ou Charles de Gaulle et en montrant une autre figure d’un homme célèbre du pays jouera sur notre compréhension de la vie ? Ces statues et ces monuments pour une grande partie de la population ne signifient rien et ne servent à rien ! A partir du moment où les voir, entendre parler d’eux, les toucher ne transforment pas mon quotidien, quel intérêt ai-je à m’émouvoir devant ces changements ? Je…

-Mocirédin, mon mari, la culture est au début et à la fin du développement ! La jeune génération doit apprendre à connaître nos ancêtres qui ont lutté pour défendre notre honneur, notre dignité. Ces statues et ces monuments dont tu

parles représentent leur image. Ils serviront de leçons de civisme et de morale dans nos écoles pour que nos enfants prennent exemples sur eux …

-Diambéré Khoumba, je te comprends bien ! Mais vois-tu, ce ne sont pas les politiciens qui incarnent cette catégorie de personnes que tu viens de citer. Or, ce que l’on remarque partout, nos dirigeants en guise de reconnaissance, sans se baser sur les idées des populations qui les ont élus, vont à contre-courant. Leur choix, toujours politique est rejeté par la masse car non consultée. C’est ce qui fait souvent, qu’en Afrique, les lieux pompeusement parrainés changent au prochain régime. Pour avoir une continuité, il ne faut pas s’accaparer du bien commun ! Les rues (domaine privilégié pour engloutir des sommes colossales), les sites, lieux rêvés pour rester éternellement dans les esprits sont ciblés afin de regrouper le gens lors des inaugurations. Moments privilégiés par les dirigeants car leur permettant de faire des dépenses faramineuses détournées, ils permettent de jauger aussi leur « valeur » par la présence massive ou non dans ces endroits.

- Nous nous comprenons bien, mon mari. Nous rejetons tout simplement l’accaparement politique des changements de noms mais sommes tous les deux d’accord pour que nos ancêtres soient représentés dans nos rues, à travers des sites pour les revaloriser. >>

Idrissa Diarra

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