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La Voix du département de Bakel

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        miss israel
Hooré Mbéwa, le jeune berger de Yoro Kâ, ainsi surnommé à cause de la forme de sa tête qui rappelle celle d’une chèvre, s’est levé assez tôt, aujourd’hui, pour traire les vaches car dans le ciel, les nuages s’entassent, noircissent, se préparent à laisser tomber quelques gouttes d’eau sur le sol tandis que des oiseaux, peut-être des hirondelles qu’on reconnaît difficilement dans cette aube naissante encore obscure, volent assez bas.

Il se dépêche, Hooré Mbéwa, puisque tout à l’heure, il ira au quartier Montagne Centrale déposer une calebasse pleine de lait de vaches chez le vieux Bocar Kâ. Sans perdre de temps, il retournera sur ses pas pour détacher les vaches, les conduire d’abord au fleuve, à Goundeyni, pour leur permettre de s’abreuver avant d’entrer avec elles dans la brousse profonde à la recherche d’herbes tendres en cette période de saison des pluies. Pendant ce temps, les veaux sont gardés dans l’enclos jusqu’au soir. Ils seront ensuite libérés pour aller téter au retour de leurs « mères » les pis pleins de lait.
Le jour se lève. La nuit se prépare à dormir. Les nuages, craignant sans doute le soleil, s’éparpillent dans le ciel. L’astre du jour, tout joyeux d’avoir chassé la nuit, commence à darder ses rayons.
Mocirédin réveille son fils Taata. Les travaux champêtres exigent la présence des cultivateurs dès l’aube pour enlever les mauvaises herbes mais surtout pour dépenser plus d’énergie pendant que le temps est plus clément. Vers midi, le corps a perdu toutes ses forces. Le travail devient difficile. De temps en temps, il faut récupérer à l’ombre d’un arbre puis prendre plusieurs gorgées d’eau pour rafraîchir l’organisme.
Mocirédin se rappelle ; il se souvient de son enfance, quand il accompagnait aussi son père, trottinant derrière lui avec le bol de « Fouto ndo déré », couscous arrosé de sauce de feuilles de haricot, bien posé sur la tête, heureux d’être mouillé par la rosée déposée sur les herbes qui bordent le sentier. Quelle joie de humer cet air pur matinal, de chasser les criquets posés sur les feuilles des arbustes, d’être dépassé par des cyclistes pressés, de rêver, éveillé, aux beaux épis de maïs qu’on récoltera bientôt… !
De cette époque à nos jours, la même méthode culturale n’a pas changé, elle n’a pas évolué d’un iota : ce sont les houes qui piochent encore et toujours la terre chez nous. Par contre, la surface du champ qu’on exploite diminue d’année en année à cause de l’érosion. Les récoltes aussi ne parviennent plus, elles aussi à nourrir comme autrefois toute la famille, et même les voisins à qui l’on offrait dans cette période de moisson, des paniers de maïs, n’en reçoivent plus. La vie était belle car simple. Tout était partagé : le mil, le maïs, le riz, la patate, le haricot et même la viande de mouton ou de chèvre qu’on abattait dans certaines occasions particulières. La solidarité était agissante. L’on vivait en communauté, chacun pour tous.
Les maladies existaient mais les guérisseurs, nos vaillants tradipraticiens, parvenaient à les convaincre puis à les vaincre et elles les écoutaient ; elles disparaissaient, elles s’éloignaient des malades qui guérissaient. Actuellement, les hommes meurent par milliers à cause du SIDA, de l’EBOLA, du cancer, du diabète, de la rougeole, de la tuberculose, de la COVID-19... Et pourtant, ils sont toujours là, nos GUERISSEURS ; nos brousses, nos savanes et nos forêts existent toujours, pleines d’arbres, de médicaments ! Mais nous avons porté au-dessus de notre NOIR, la couleur de tous les jours, du BLANC, du BLANC qui diffère du BLANC-BLANC qui nous fragilise.
Comment parviendrons-nous à nous en sortir ? Cette confiance que nos aïeux avaient en allant combattre pour les autres, ce courage qui les distinguait des autres, cette hargne de vaincre durant les deux guerres mondiales (14-18 et 39-45), nous devons en faire nôtres ces valeurs devenues rares.
Le retour au passé s’impose ! Il est devenu une nécessité. Ce regard sur le passé invite tous, non pas à regarder furtivement ce que nos aïeux faisaient, mais à poser nos yeux avec attention et insistance sur « hier » et son EDUCATION au sein de la famille.
Toutes ces agressions, tous ces vols, ces viols, ces corruptions, ces mensonges …sont dus à l’abandon de notre tradition enterrée, jamais parvenue à nos enfants. Nous les adultes, les vrais responsables, avons rompu les maillons de la chaîne au moment de la transmettre à la jeune génération très tôt sevrée.
Nous, adultes, adultes d’aujourd’hui, avons failli à notre rôle d’éducateur en ne profitant pas de ce prodigieux avantage que nous a offert ce nouveau siècle pour que tradition et modernité s’unissent afin de créer une nouvelle entité « TRADI-MODERNITE » capable de rappeler à tout moment le passé tout en orientant les jeunes vers les nouvelles technologies de l’information et de la communication.  Ces technologies auraient dû permettre aux Sénégalais, pour ne pas élargir au monde en général, d’avoir une bonne instruction et une magnifique éducation dans tous les domaines à partir des réseaux sociaux.
Mocirédin se pose des questions qu’il ne parvient pas à résoudre :
 -Vivrons-nous ainsi, désormais jusqu’à la fin du monde ?
-  Aurons-nous assez de force et de conviction pour nous racheter, nous ressourcer nous-mêmes pour la transmission correcte de notre tradition tout en tenant compte des vérités d’aujourd’hui ?
-Nos enfants nous suivront-ils en maintenant la réalité de leur monde et en nous faisant plaisir en plongeant avec nous dans le passé ?
Des équations sont à résoudre ensemble par les adultes et la jeune génération. Rien n’est impossible pour celui qui croit en lui-même !
Idrissa Diarra

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