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              Mociredin Tabaski2020
Pour rappeler aux hommes le respect des mesures-barrières, leur inconscience, leur insouciance, le tonnerre a bien grondé, bien élevé sa voix, une bonne partie de cette après-midi. Même si les éclairs n’ont que rarement zébré le ciel gorgé d’eau, les populations ont préféré rester dans leur demeure afin d’être plus en sécurité contre la foudre, surtout dans le monde rural.

Le « grand toit », ce ciel aujourd’hui bien craint, crie sur les hommes, les somme de respecter les simples gestes-barrières : la « liberté » accordée aux hommes et aux femmes de ce pays avec le déconfinement, a poussé certains (la grande majorité) à faire ce que bon leur semble, en négligeant ce qui peut les sauver contre la pandémie de la COVID-19 et nous épargner d’une crise économique profonde.
Dans les mosquées, grand lieu par excellence de rassemblement, sur une centaine de fidèles, seuls trois ou quatre d’entre eux ont leur masque de protection. La distanciation physique est ignorée : c’est épaule contre épaule, comme dans notre hymne national. Les lave-mains ont aussi disparu à l’entrée   des lieux publics : marchés, gares routières...
Seules les écoles appliquent les mesures-barrières car les Inspecteurs d’Académie, les Inspecteurs de l’Education et de la Formation (IEF) contrôlent les chefs d’établissements qui veillent bien au grain pour leur application.
Tout cela n’ébranle pas l’époux de Diambéré Khoumba, le pauvre Mocirédin, confortablement assis sur sa natte de prière, face à l’Est, son éternel chapelet entre les doigts. Il récite à haute voix les versets du CORAN et à chaque fois il crie : Amen !
Diambéré Khoumba connaît bien son mari. A travers le bruit des grains de son chapelet qui tombent au même rythme, elle sent une certaine inquiétude envahir son homme. Elle s’approche doucement, tendrement de lui, sans le toucher, pour demander, en de pareilles circonstances, ce qui lui arrivait.
<<-Mocirédin, que se passe-t-il, mon homme ? Le ciel t’est-il tombé sur la tête ? Qu’est-ce qui te rend si inquiet ? Qu’ai-je fait par inadvertance pour que tu deviennes si distant de tout le monde ?
-Ce n’est pas de ta faute, Diambéré Khoumba ! Nous traversons une période pandémique difficile à supporter et tu le sais, ma chère épouse, dans deux semaines, tous les musulmans du monde vont fêter la TABASKI, l’AID EL-KEBIR. Ce n’est pas une fête simple car accompagnée qu’elle est par des dépenses qui ne sont pas à ma portée. A part le mouton qui est inaccessible cette année surtout à cause des frontières fermées, il faut habiller les enfants afin qu’ils ne se sentent pas « différents » des autres ! Le Chef du Service de l’Elevage, monsieur Mame Birame Bodian m’a rappelé ce soir même que les différents points de passage des moutons (Ballou, Aroundou, Bakel, Diawara, Moudéry et Gandé) sans compter Kidira sont désespérément vides. Cependant, d’après les habitués de ces moments de vente, la pandémie de la COVID-19 est venue perturber tous les dispositifs mis en place. Depuis Kéniéba, les « Agaabé », c’est-à-dire les transhumants commencent à rejoindre, avec leurs bêtes bien repues leur village d’origine après presque six mois de pâturage.
-Mon mari, nous vivons ensemble depuis plus de quinze ans et le bon DIEU a toujours facilité les choses pour nous. Pourquoi avoir des soucis ? Ne crois-tu pas toujours en LUI ? IL sait ce dont tu as besoin et te l’offrira. Dors sur tes deux oreilles !
-Diambéré Khoumba as-tu gardé de l’argent dans ton coffre-fort « secret », pour avoir autant d’assurances ? Aide-toi et le ciel t’aidera, dit-on ! Comment, sur ma natte de prière, sans me déplacer, puis-je avoir une pluie de billets de banques ? Ne rêve pas ma chère. L’espoir fait vivre, il est vrai, mais c’est aussi trop verser dans la facilité que de …
-Ne continue pas, mon mari. Concentre-toi seulement sur ton chapelet et prie s’il le faut durant toute la nuit, demande au TOUT PUISSANT ce dont tu as besoin et IL répondra à ton appel.
-Ce n’est ni de la naïveté, ni de la crédulité encore moins de la folie ! Mais je ne peux faire autrement ! Je ferai tout ce que tu m’as dit mais demain, après la première prière, je ferai quelques pas dans la ville pour avoir une idée de l’ampleur de la situation. Même sans argent, je visiterai les points de vente.
-Le pari de la confiance en DIEU est déjà gagné, Mocirédin ; il faut maintenant croire en soi-même. Le plus difficile est accompli. Le reste ne sera pas aisé encore une fois, mais DIEU EST GRAND ! La nuit porte conseils, dit-on. Demain est un nouveau jour. Que DIEU, dans sa bonté infinie,  nous permette d’y arriver.
- Avec toi, tout semble facile. Tu es comme une fée ! Est-ce que je parviendrai à dormir pour rêver du chemin à emprunter pour avoir ce bélier ? Je ne sais pas car je n’ai aucune envie de dormir ! En tout cas, pour tous les nécessiteux, que DIEU leur accorde ce fameux mouton de TABASKI pour que la joie soit aussi avec eux en ce jour particulier de l’AID EL-KEBIR.>>

Idrissa Diarra, bakelinfo.com

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