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Vie de Mociredin

Ce vieillard, croupissant sous le poids de son âge assez avancé, familièrement appelé Nkissima, pleurait sous le regard attendri de ses petits-enfants !

<<-Grand-père, que se passe-t-il, crièrent-ils tous en chœur ? Ne nous fais pas pleurer à notre tour ! Raconte-nous ce qui te tracasse et te bouleverse ainsi !

-Je n’en peux plus, je suis fatigué ! Quand est-ce que notre Indépendance va finir, gémit-il ?

-Mais, Grand-père, elle n’a que soixante ans ! Elle est encore jeune ; et puis une Indépendance ne meurt pas, dirent les enfants !

 

-J’ai quatre-vingt-seize ans. Je suis né entre les deux guerres mondiales en 1925: sept ans après la première et quatorze (2x 7) avant la seconde ! A dix-huit ans, j’ai été enrôlé de force dans l’armée, en 1943. Ah la guerre ! Loin de tous tes repères, sans parler leur langue, tu es obligé de t’acclimater le plus rapidement possible, être au niveau des anciens, pour avoir un tant soit peu de chance pour « vivre ». Il n’y a pas mille manières de s’adapter : la « drogue » qui faisait partie de notre ravitaillement nous rendait un service énorme. Elle nous transformait en « robots », sans aucune peur face à n’importe quel danger !...

S’adressant à leur Grand-père qui pleurait, les enfants le prièrent de continuer.

-Je me revois, jeune enrôlé, ignorant le danger qui me guettait, fumant tout ce qui me passait entre les mains, comme mes aînés à côté de moi. Dans les tranchées, les jours et les nuits se succédaient, se ressemblant aussi comme deux gouttes d’eau. DIEU m’a donné la chance de vivre ou mieux de « survivre ». Que me reste-t-il désormais à espérer? J’ai déjà tout vu, tout entendu, tout fait et tout subi ! Je suis naturellement immunisé, protégé contre tous les maux de la terre. La mort ? J’ai cessé de la craindre. C’est elle qui me fuit maintenant.

-Alors, Grand-père, pourquoi ce regret de vouloir retourner à hier, dans un passé lointain, bien longtemps avant l’indépendance de notre pays? Tu n’as peur de rien, pourquoi pleures-tu donc ?

-Chers petits-enfants, je pleure parce que j’ai pitié de vous, de votre génération ! De jour comme de nuit, du matin au soir, en période de froid ou de chaleur, les hommes se déchirent, s’entretuent ; ils tuent leurs semblables, parfois si

atrocement qu’aucun esprit humain ne penserait que ce geste barbare, animal serait venu d’un homme, d’un être humain avec un cœur. La vie sur cette terre me suffit ! Je veux maintenant la vie de l’au-delà. De la première maison que l’on bâtit à la centième que l’on fait construire sur cette terre ingrate, toutes, tôt au tard seront propriétés privées, maisons « d’autrui », même si cet «autrui » est un membre de la famille. La vraie maison, celle qui nous appartient réellement se trouve dans un village appelé CIMETIERE. Notre dernière demeure est là, la vraie, celle que le Miséricordieux nous a « gratuitement » préparée depuis notre naissance ! Le cimetière, ce village étonnamment silencieux, dans un calme de rêve, séduit par la presque égalité des maisons construites avec une simplicité qui fait réfléchir ! Ses villageois sont cachottiers, mystérieux, invisibles. Ce côté mystérieux donne à ce lieu une sorte de respect de la part des vivants à cet endroit extraordinaire. Le Monde avec un grand « M » est un grand livre composé de deux volumes : la VIE et la MORT. Le premier volume est un livre ouvert dans lequel tous les vivants peuvent s’y pencher et lire à voix haute ou basse ; c’est ce qui crée leur expérience.

Quant au deuxième volume, il concerne les MORTS, le monde du silence, un monde égalitaire, sans aucune différence entre ses habitants ; riches et pauvres, grands et petits, hommes et femmes, noirs et blancs se côtoient dans une indifférence totale. Comme dans une école organisée, ils portent la même tenue. Le même confort est partagé : pas d’armoire ni de réfrigérateur, de lit ni de poste de télévision. On y est sans argent, sans or ni diamant. Les soirées mondaines n’existent pas aussi. C’est le calme plat.

-Nkissima, nous essayerons de suivre tes pas. Même si cela paraît impossible, nous ferons de notre mieux pour te ressembler.

-Je souhaite de tout cœur que vous réussissiez à atteindre mon âge sans subir ce que j’ai enduré. Mais, mes chers petits-enfants, votre monde que je partage avec vous est difficile à comprendre. Les maladies de plus en plus nombreuses sont aussi mortelles les unes que les autres : SIDA, Ebola, Dingue et maintenant cette pandémie qui affole tous les pays du monde, la COVID-19. Chez nous en Afrique, et surtout au Sénégal, on dit que : «L’HOMME EST LE REMEDE DE L’HOMME ». De nos jours, c’est tout à fait le contraire : « L’HOMME EST LE POISON DE L’HOMME ». Pas un seul instant, il n’hésitera à tuer son prochain pour son intérêt ! Dans ce nouveau monde, les nouveaux hommes ont de nouvelles maladies pour tuer beaucoup de personnes ayant à l’avance « créer » le nouveau vaccin qui va « sauver » le monde. Quelle hypocrisie !

-Nkissima, cela signifie-t-il que nous sommes dans un bateau sans gouvernail ?

-A vous de juger. En tout cas, a beau être optimiste, l’on doit s’attendre à un monde bouleversé, difficile à cerner. Prions pour nos morts. Que DIEU, par sa miséricorde, éloigne de nous toutes ces maladies. >>

Idrissa Diarra

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