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Mma Tokhora et son frère cadet Taata, les deux enfants du couple Mocirédin-Diambéré Khoumba jouent avec leurs camarades de classes dans un coin de la cour de leur demeure.
Les fêtes liées au COVID-19 qui ne cessent de s’étirer selon la situation de la pandémie, ont chamboulé tous les programmes : les écoles, depuis les maternelles jusqu’aux Universités sont fermées. Hermétiquement.
Mocirédin jette un coup d’œil furtif vers les enfants qui commencent à se chamailler. Leurs cris de jeunes insouciants lui rappellent son enfance et montrent en même temps leur différence de générations.

Diambéré Khoumba cherche le seul masque que son mari a pu lui acheter auprès de Djiby Yougoukhassé le grand tailleur du quartier. Elle l’aperçoit sous une calebasse et le place sur son nez. Elle donne des consignes à sa fille Taata avant son retour du marché central qu’elle va trouver plein de monde en majorité ne respectant que rarement les mesures élémentaires d’hygiène.
Mocirédin demande à son épouse de faire attention : mettre son masque de protection, laver ses mains à l’entrée du marché, respecter la distanciation sociale, ne pas perdre de temps en faisant ses emplettes puis retourner rapidement à la maison.
Mariame Thiéblé attend Diambéré Khoumba devant la maison. Ensemble, elles vont découvrir ce lieu commercial où clients et acheteurs se côtoient n’importe comment, dans un désordre ahurissant !
Diambéré Khoumba revient chez elle, dans une maison devenue calme, après le départ des amis de ses enfants, Mma Tokhora, sa fille les ayant « libérés » pour s’occuper des travaux domestiques exigés par sa maman avant sa sortie.
COVID-19, imperturbable, a joué son jeu, deux mois seulement après son arrivée chez nous, en appauvrissant davantage les pauvres mais (chose bizarre) en permettant aux nantis d’être plus riches grâce à la solidarité particulière qui existe et règne dans ce monde « à part ».
Dans la calebasse de Diambéré Khoumba, rien que du poisson sec, quelques légumes de la veille qui commencent à se faner, un quart de litre d’huile et 300 grammes de riz ! Assez suffisant pour une famille de quatre personnes dont le chef est considéré comme personne vulnérable. Mocirédin a toujours refusé d’être classé dans cette catégorie d’êtres. Il se dit privilégié car en bonne santé d’abord puis régulièrement soutenu par ses neveux et nièces hors du pays. Toujours digne, il reste droit dans ses bottes et n’accepte pas une certaine catégorisation qui l’indexe comme un complexé.
Il appelle sa fille Mma Tokhora et s’étonne de la voir à tout moment, depuis le 16 mars, avec ses amis, s’amuser seulement sans ouvrir de cahiers ni suivre comme les enfants de Mamadou Killé et de Signal Ndiaye les cours dispensés par de grands pédagogues dans plusieurs chaînes de télévision nationale.
<<-Mais papa, ces cours concernent les élèves des classes d’examen (CM2, 6e, Terminales) ! Moi, je suis en quatrième. Et puis, non seulement nous n’avons pas de poste de télévision chez nous, ensuite pendant le cours, il faut avoir nécessairement quelqu’un à côté de soi, pour demander des éclaircissements sur des points obscurs.
-Moi, ton père, Mocirédin, je ne crois pas à ses cours qui ne sont suivis que par une minorité, un petit nombre qui comprend difficilement dans une salle de classe en présence d’un enseignant à plus forte raison, face au petit écran dans une salle mal éclairée, sans aucun guide la plupart du temps !
-Pour moi, intervient Diambéré Khoumba qui écoutait son mari et sa fille, si ces cours ont une valeur, pourquoi donc ouvrir des écoles, construire des salles de classes, recruter des enseignants, dans un pays sous-développé, alors que ces importantes sommes d’argent auraient pu servir à l’Agriculture, l’Elevage, la Pêche. Pourquoi donc ne pas distribuer des postes de télévision dans les familles, installer l’électricité partout, trouver des ordinateurs et connecter tous les enfants
Pour les grands, c’est-à-dire les étudiants, avec l’Université Virtuelle, que sont-ils devenus ?
-Maman, ajoute Mma Tokhora, c’est vrai qu’il va falloir désormais vivre avec la maladie, mais quand tous les enfants se retrouveront ensemble à l’école, dans leurs classes, à partir du 2 juin, cela sera difficile pour les nombreux abris « provisoires » à travers le pays. Si selon les prévisions, il va pleuvoir assez tôt et la saison des pluies va s’étirer, comment va-t-on faire en Casamance, à Kédougou et à Tambacounda ? Obligera-t-on le pauvre paysan de se séparer de sa main-d’œuvre, son soutien dans les travaux champêtres, son enfant, l’élève ?
Maman, depuis le 16 mars nous n’allons plus à l’école ! Une bonne partie du mois de février était déjà occupée par des débrayages et des grèves. Pratiquement depuis Janvier, l’école était en « mouvement ». Comment voulez-vous donc, pendant l’hivernage où le taux de présence sera très bas, CONTINUER les cours comme si de rien n’était, et se dire que l’année est SAUVEE !
-Ma fille, continue Mocirédin, enseigner, ce n’est pas construire un mur (même s’il est en ciment), qu’on abandonne à cause du manque de moyens pendant quatre mois, pour continuer le chantier ensuite. L’enfant resté durant tout ce temps, n’est pas un mur en ciment. Il a tout ou presque tout oublié. Il faut reprendre tout. Nous ne sommes pas nantis comme les Européens. Comme les Européens nous ne pouvons pas avancer en mimant leurs faits et gestes.
Les effectifs dans les classes, les infrastructures scolaires, les saisons, les moyens tout court diffèrent. Tout nous sépare et nous oblige à éviter le suivisme.  
-Que faut-il donc faire, mon mari ?
-Profiter de cette malheureuse occasion (la pandémie du COVID-19) pour réunir tous les acteurs de l’Education durant le reste de cette année scolaire, non pas pour d’autres ASSISES, mais pour se mettre d’accord sur une véritable date de rentrée des classes, sur un programme pour nos écoles, de la maternelle au lycée en passant par l’élémentaire et le collège, prenant en compte l’enseignement de nos langues nationales. Reprendre tout à zéro ! Partir de zéro pour atteindre les sommets les plus élevés en respectant ce qui aura été arrêté lors de ces rencontres de fin d’année. Des sacrifices, il va en falloir de la part de tous, à commencer par l’Etat, les enseignants (les syndicalistes en tête), les parents d’élèves, les partenaires sociaux, les élèves.
Cela n’est pas facile à accepter, mais comparaison n’est pas raison…
-Papa, toi tu allonges alors nos vacances et nous fais tous redoubler, s’inquiète Mma Tokhora ?
-Oui ma fille. C’est ce qu’on appelle RECULER POUR MIEUX SAUTER ! Il faut ensuite ouvrir les lieux de cultes pour permettre aux fidèles musulmans et catholiques de prier afin que DIEU éradique cette maladie cruelle de la surface de la terre.
Idrissa Diarra


 


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