BAKELINFO.COM

La Voix du département de Bakel

Etoiles inactivesEtoiles inactivesEtoiles inactivesEtoiles inactivesEtoiles inactives
 

Cimetire Bakel

Il fait nuit. Mocirédin est revenu de la mosquée de son quartier « Guidinkhama » après la dernière prière du soir. Depuis plus de trois heures, le pauvre homme est assis là, face à l’Est, son chapelet entre les doigts, l’égrenant sans répit. De temps en temps, il récite à haute voix quelques versets du saint Coran dans les paumes de ses mains gercées puis il se les écrase sur sa figure fatiguée et méconnaissable. Mocirédin ne dort plus. Comment le pourrait-il avec cette deuxième vague de la COVID-19 arrivée au galop, plus dévastatrice, plus cruelle, plus meurtrière que sa devancière ?

 

La mort tape à toutes les portes sans distinction de taille, de poids, de sexe mais ciblant surtout les personnes âgées. Heureusement pour les pauvres « Gorgorlous », elle attaque aussi bien les personnes de haut rang (Ministres, grands Marabouts, Députés, Avocats, Maires, Professeurs d’Universités, Médecins, Journalistes, Commerçants…) que les mendiants, les fous, les Sans-Domicile-Fixe, les Chômeurs…

L’époux de Diambéré Khoumba ne craint pas la mort. Il sait, à partir de son existence, de son vécu, de sa vie de paysan, illettré de surcroit, qu’il a vécu ce qu’il ne vivra plus. Cette nouvelle manière de se donner entièrement à DIEU, plus profondément, le revigore, lui donne plus d’espoir car le rapprochant davantage du CREATEUR de l’humanité.

Aujourd’hui, ce soir, à l’instant, il se jure de ne pas fermer l’œil, de consacrer le reste du temps avant le lever de l’astre du jour, à DIEU ! Il fera plusieurs « Rakas », se prosternera, égrènera son chapelet, récitera des versets du saint Coran jusqu’à l’aube, à l’heure de la première prière. Il prendra ensuite le chemin des cimetières, là où sont couchés en attendant les autres, nos ancêtres et des plus jeunes que nous. Devant ces tombes, à Grimpallé, Mocirédin s’agenouillera. Il demandera au bon DIEU de les accueillir, d’accueillir tous nos morts, sans exception dans son Paradis.

En ville, les maisons sortent de terre comme des champignons. Et comme une course de vitesse, les hommes de ce bas-monde rivalisent dans la construction d’immeuble à plusieurs étages, alors que là-bas, à l’écart des habitations, une autre cité silencieuse, sobre, évitée par tous, vit dans un calme effrayant.

Dans cet endroit mystérieux, contrairement aux cités des vivants qui lorgnent le ciel, envahissent les espaces et festoient à chaque instant, ici chaque jour qui passe ressemble à celui qui l’a précédé et celui de demain sera une photocopie d’aujourd’hui. Les logements sont exceptionnellement individuels et souterrains. Comme le disait l’autre : aux R+1 de la cité des vivants, répondent les R-1 des cimetières. Pas de fréquentations entre cohabitants. Ici, c’est le calme plat : le jour comme la nuit, l’on dort, sans soucis.

Mocirédin se rappelle ces quelques vers que récitait sa fille Mma Tokhora :

<< Cette beauté si rare que tu exhibais sous les regards envieux, où se trouve-t-elle désormais ?

Tous ces bijoux que tu étalais, majestueusement aux yeux des jaloux, sont-ils perdus à jamais ?

Ces R+50 qui grattent le ciel, à la recherche d’étoiles en plein jour, te reverront-ils dans l’avenir ?

Les vêtements somptueux que tu arborais en te dandinant, auront-ils un impact dans ton devenir ?

Ta voiture rutilante, ton jet privé, ton train de vie démesuré, ton avoir colossal, ne se conjuguent-ils plus qu’au passé ?

Un passé simple, simplement codifié par le Tout Puissant, malheureusement piétiné par les hommes et tassé !

Qui te loge désormais, loin du ciel, de la lune et des étoiles, solitairement enfoui comme un grain de mil sous la terre ?

Dans cette nouvelle vie qui t’accueille à bras ouverts, tu ne verras plus personne, même ton père !

Alors sache qu’il y a la vie et la mort,

Et que la vie n’est qu’un petit port !

Au-delà, aucun être dans ce monde ne te reverra plus,

Sous le vent, les rayons ardents du soleil ou sous la pluie.

Puisque tu retournes à DIEU !

Nous te disons donc: ADIEU !>>

Idrissa Diarra, bakelinfo.com

Vous souhaîtez soutenir

Bakelinfo :

Chroniques du Mardi

Religion

Actu. locale

Nous avons 167 invités et aucun membre en ligne

Portraits