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La Voix du département de Bakel

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Index de l'article

 La fondation du village de Yafera.

YAFERA est situé à l’est du Sénégal, sur la rive gauche du fleuve Sénégal dans le département de Bakel à la frontière du Mali et de la Mauritanie. A 900 km de Dakar  capitale du pays, Yaféra se trouve dans une zone très enclavée et difficile d’accès

Le village de Yaféra est limité au sud, légèrement au-delà du marigot dit Belin Khoolé, par les terres dites « Fallankoummé »,  exploitées par la famille Fofana. Au nord, il est limité par le marigot, appelé Gouran Khoolé ainsi que les collines de Gouran Guidé. Limité à l’est par le fleuve Sénégal, c’est un village qui, par contre présente une limite assez floue à l’ouest. Cependant, un fromager géant du nom de  «  Marsa dindinn lémé », marquerait la lisière d’avec le village peuhl de Marsa. Cette information a été vérifiée par Woury Maama Timéra accompagné du forgeron Samba Sadio Dianifaba comme témoin, auprès du doyen du village Samba Moussa Timéra et consignée dans le livre familiale tenu par Mamadou Sylla Fofana.

 Il y a plusieurs siècles de cela, une famille Soninke déserta le Guidimakha natal, fuyant guerres et disettes pour partir à la recherche d’une terre promise. Elle fut un long voyage à travers la savane soudanienne  ainsi que le Sahel en progressant vers le fleuve Sénégal appelé « FANKHORE ». Après plusieurs mois d’errance sans toutefois tomber sur son idéal, elle arriva finalement à une destination en atterrissant dans un endroit nommé « GOURA N’KHOOLE ». Cette famille avait un chef qui s’appelait MANGA FOFANA.

  MANGA donc habita la montagne de Goura et y installa sa famille. Il creusa quatre trous à l’intérieur de la cité inconnue et trouva refuge dans ces grottes contre l’état sauvage du moment.

   Des années passèrent. Trois générations après, naquit MANTHIO MANGA FOFANA,

 Manga étant le premier nom de la famille. D’après Seydou Touré KANOUTE, Manthio serait donc le fondateur du premier village appelé « GASSAMBI-LAKHE », vers l’an mille.

     Lorsque la famille de Manga décida de quitter Goura pour aller habiter Gassambi-lakhé, elle laissa la place à des étrangers pour y vivre comme bergers et comme voisins. Mais ils durent une fois de plus, abandonner Gassambillakhé. Yaya Khoumba, dans une cassette audio recueillie par Lassana Biné en 1973, précisa que la cause de ce nouveau départ était due aux fréquentes inondations de l’époque, car ils étaient à chaque fois obligés de monter sur les collines pour se protéger des crus. Les habitants du village voisin étaient également dans la même situation dans la mesure où ils vivaient eux aussi dans des basses terres appelées « KADIO ». Manthio, tout comme Déppé et Khassan CAMARA, durent donc, par contraintes climatiques, délaisser leur habitat initial ; L’un pour fonder l’actuel Yaféra, et les autres, l’actuel Golmy. Mais au paravent, les deux voisins s’associèrent pour célébrer les rites de fondation ou de la pause de la première pierre de chaque village. Cette cérémonie s’appelle le « Boullé », et consiste à chasser les mauvais esprits qui hantent le terrain mais aussi  d’implorer la protection des divinités et des ancêtres.

 Ces premiers habitants de Yaféra étaient de ce fait des FOFANA DJOUKHADOU, de la branche des Kagoro ou Kakolo.

 Gassambillakhé (bord des gassambé : arbustes non épineux), deviendra plus tard, Yaféra (endroit peuplé d’arbustes non épineux appelés « yafé ».   

     L’arrivée des TIMERA :

      Après quelques années de séjours dans ce petit village naissant, Manthio Manga FOFANA et sa petite famille reçurent un jour, la visite d’un autre peuple originaire de Diallambi à Yafillakhé dans l’actuel Gao ou Tombouctou au Mali.

     Après l’éclatement de Wagadou, ce peuple émigra de sa province natale vers l’an 700 environ. C’était à l’origine un peuple de chasseurs d’éléphants, d’où le patronyme de TOURE (éléphant), qu’il portait avant son arrivé à Yaféra, à la poursuite du gibier en perpétuels déplacements. Mais avec le temps et les incessants conflits qui sévissaient dans la région, ce peuple se transforma aussitôt en un redoutable groupe de guerriers, assoiffés de défis et d’actions. C’était des Mangou (catégorie de noblesse).

    C’est ainsi que de leur pays d’origine, ils eurent écho des prouesses d’un souverain rebelle contre l’autorité des Mangou dans la province du Gajaaga. En effet, on raconte que le roi de Wagadou d’alors avait octroyé l’administration Du Gadiaga au Mangou, en particulier à la lignée des Bathily. Mais depuis longtemps déjà, cette région était gouvernée par les Diagolla et le chef était alors Samba Yâté Diagolla du village de Senghélou, dans le Guidimakha. Méconnaissant l’autorité des Mangou sur sa province, Samba Yâté mobilisa le peuple ainsi que toute une armée pour les chasser. Le conflit dura quelques années sans que les Bathily ne prennent véritablement le dessus. C’est alors qu’une compagnie relativement nombreuse eut pour mission d’aller combattre Samba Yâté.

    Le commandant et chef de cette armée, disait-on, était d’une taille impressionnante et doté d’énormes pouvoirs surnaturels. Au cours de son périple, il fut escale d’abord à Kayes, puis à Sobokou. Arrivé par la rive gauche du fleuve, il héla les habitants de ce petit village de boisseliers qu’on appelle « Sakou » affin que ceux-ci viennent lui faire traverser le fleuve ; lui et son armée. Malheureusement, les habitants de Sobokou n’avaient plus de pirogue disponible. Confronté à une ironie du sort, le chef des Touré- Mangou, grand homme qu’il était, décida de traverser le fleuve bon gré mal gré. Aussitôt dit, aussitôt fait. Ce grand homme suivi de son cortège s’engagèrent alors contre les puissants courants et le « Djoubé » (eaux profondes) des crues du « Fankhooré ».

    Les habitants de Sobokou, voyant ces hommes traverser ces eaux si profondes et si dangereuses, infestées de crocodiles, d’hippopotames et  de toutes sortes de reptiles et de redoutables animaux aquatiques, sans être engloutis, furent totalement impressionnés par le caractère mystérieux du spectacle. le servir.

De Sobokou dans le Kamméra, le cortège se dirigea vers le Gadiaga. Après plusieurs jours de marches, ils atteignirent enfin Yaféra. Là-bas, ils furent accueillit par les Fofana Djoukhadou, déjà surplace, et en particulier par Manthio Manga.

    Rappelons que ces hommes n’avaient pas pour destination le village de Yaféra, mais celui de Senghélou. Cependant, une fois à Yaféra, ils apprirent que Samba Yâté Diagolla est mort. N’envisageant plus de poursuivre leur route, ils décidèrent de rester un moment à Yaféra.

Le séjour à Yaféra et la prise de pouvoir des Timéra.

    Dès que les Timéra sont arrivés, Manthio leur offrit une portion de terre appelée « kadio », devenu kadiola. Et déjà, circulaient les rumeurs d’un conflit au sein même des Timéra, entre les partisans du retour et ceux qui voulaient rester. Manthio se présenta alors comme médiateur en leur proposant de rester et son offre fut accepter. Mais comment rester dans un si petit village avec une si grande force sans être les maîtres des lieux ? C’est en ce moment là que le chef des Timéra, alors ancêtre des deux principales familles de la chefferie ; Diokhoucara et Diabécara, décida de présenter les conditions de son séjour. D’abord, il proposa que la chefferie revienne aux Timéra mais que les Fofana restent toujours les maîtres des terres ainsi que les responsables d’intronisation.

    Comme deuxième condition, il réclame une portion de terre pour pouvoir, lui et son peuple, l’exploiter au profit de l’agriculture. Manthio accepta la seconde proposition mais refusa la première. Ce refus déplu à certains qui suggérèrent même d’user de la force pour le persuader. Le chef des Timéra refusa cette solution avançant que ce serait un combat inégal. Il décida alors de procéder par la ruse.

   Cela dit, il fut semblant d’accepter les conditions de Manthio et le pacte fut scellé. Ce dernier lui fit don d’une jeune fille pour que celui-ci fasse d’elle son épouse, afin de renforcer leur pacte.

    Etant donné que les Fofana avaient coutume d’offrir un bœuf à leurs hôtes en guise de cadeau de bien venu, le chef  Kagoro immola alors un taureau de « sept pluies » en l’honneur de l’alliance et de ses visiteurs.

    Cependant leur tradition voulait que ce soit les étrangers eux-mêmes qui égorgent l’animal. Et lorsqu’on présenta un couteau  aux Timéra, celui-ci réalisa qu’il était tant de passer à l’action ; autrement dit, de mettre en pratique sa machination. De ce fait, il fut semblant d’ignorer comment égorger un bœuf, en plaçant le revers du couteau sur la gorge de l’animal. Voyant ce comportement ambigu, Manthio crut comprendre que c’est un peuple qui ignorait les bœufs ; vivant essentiellement de produits de chasse. Il  fallait alors montrer comment accomplir un tel acte. Mais qui donc pouvait montrer à un chef qu’il a commis une erreur si ce n’est un autre chef ? Manthio se lava en ce moment précis et par courtoisie, prit le couteau d’entre les mains de son hôte et tenta de lui expliquer. Mais quelle ne fut sa surprise lorsqu’il se retourna pour aller reprendre sa place sur son trône en peau de mouton tanné !

    En effet, il découvrit l’homme qui s’est précipitamment assit sur le trône ; imperturbable : « un chef prend la place d’un autre et désormais nous, familles Timéra, serons les chefs héréditaires de ce trône pour le jour présent et pour les jours à venir. Toutefois, vous resterez les maîtres des lieux ; les propriétaires terriens. », lui dit-il.

    Manthio comprit alors que c’était un piège. Impuissant face à la triste situation, le pauvre ne put protester longtemps et céda finalement de peur de ne pas se faire combattre de plus. C’était trop tard. Néanmoins, il fait reconnaître qu’il s’agissait plus d’une sorte d’usure accompagnée d’une intimidation caractérisée qu’une ruse.

    Dans tous les cas, c’est ainsi que les Timéra prirent le pouvoir et depuis ce jour, ils sont les héritiers légitimes du trône de la chefferie.

    Cependant, ce sont les Fofana qui intronisent les chefs, qui assurent l’intérim pendant six mois après chaque chef de village, et ce, depuis vingt neuf chefferies dont le vingt neuvième est mon grand- père Hamidou Cissé Timéra, à Berséfé Diabeka, au pouvoir depuis 1986. Ce sont eux aussi qui posent les premières pierres de toutes les constructions publiques du village : poste, dispensaire, mosquée, école, magasins publique etc. Ceci traduit la continuité et la permanence à travers une tradition qui se rapporte à la création du village et à sa survie, valorisant ainsi et rendant hommage à cette famille à qui l’on doit le Yaféra d’aujourd’hui. 

    Leur demeure, appelée Fofanankounda ou Mangara (demeure de Manga ou de ceux qui ont accueillit les Mangou) est un lieu sacré. Quiconque commet un délit quel que soit son ampleur, fut-ce même un meurtre, et qui a la chance de pénétrer dans la maison des Fofana, est à tout jamais sauvé. C’est aussi les « juges » du village, les médiateurs des querelles et les conflits du village.                   

Le partage des terres.

Rappelons que dans les pactes scellés entre les deux familles, il était question quelque part d’octroyer une portion de terre aux Timéra pour que ceux-ci puissent la cultiver.

    Cependant, cet incident subvenu n’a pas altéré le bon fonctionnement des choses. Ladite portion fut donnée comme convenu au chef des Timéra qui était alors l’ancêtre de la famille Diabékara. Il s’agit des terres comprises entre Sambanka et le marigot Gourankholé, limitées à l’ouest par les terres dites « Douwara Gounné » et à l’est par le fleuve. C’est ainsi que les terres irrigables sont partagées entre les Timéra au fil des années. Nous reviendrons plus tard sur les détailles.       

UN NOUVEAU TOURNANT : Le règne des Timéra

Après la prise du pouvoir, les Timéra vécurent quelques années en  compagnie de leurs boisseliers ( sakkou ; de la famille de Niakhamala ) dont le doyen étai Sélou qui les avait accompagné dans leurs voyages.

    Quelques temps après, Selou demanda la permission de retourner chez lui à Sobokou dans son village natal, auprès des siens. Sa requête fut acceptée sans difficulté. Cela dit, il promit aux Timéra d’être désormais leur « lada lema » (sorte de parenté cultuelle et coutumière entre nobles et hommes de castes). A chaque fois qu’il y’avait une manifestation ou une cérémonie culturelle, Selou et sa famille faisaient le déplacement de Sobokou jusqu’à Yaféra pour être les organisateurs.

     Mais peu à peu, le temps et l’oublie eurent effet de ces coutumes ancestrales. Et il est impossible d’imaginer de nos jours qu’il n’ait jamais existé dans le temps, une telle pratique.

     Toutefois, après le départ de Selou, les années succédaient aux années et la vie continuait dans ce petit village de Yaféra.

     Cependant, par une nuit du X° siècle, Manthio Manga Fofana rendit l’âme, laissant comme seule descendant, sa fille unique Hawa Manthio qu’il confiera, avant sa mort, à Samba Founty Timéra de la famille de Diokh.


  La fin des Fofana Djoukhadou et le début des Kanindjo.   

    En effet, au fil des années, alors que les familles Timéra se multipliaient, un malheur s’abattit sur celle des Fofana. D’aucuns racontent que c’était une grande famine qui sévissait dans la région pendant des années, tandis que d’autres avancent que ce cataclysme est dû à une guerre désastreuse comme il était fréquent à l’époque, et d’autres encore qui affirment que c’était tout simplement une mort naturelle qui s’empara peu à peu des individus. Une dernière catégorie préconise l’effet d’une épidémie qui ravagea ladite famille.

    Cela dit, quelques soient les raisons de ce drame, il n’en demeure pas moins que toute la famille est décimée ; ne laissant qu’une seule rescapée : une fille du nom de Hawa Manthio ou encore Fatoum Fofana ; le dernier homme à avoir trouvé la mort étant Manthio. Mais là encore, les versions diffèrent au sujet des deux rescapés. Nous y reviendrons plus tard.

    Mais pour l’instant, je préfère suivre la logique dont j’ai fait usage jusque là.

    En outre, quand Manthio décéda, ce fut les Timéra qui élevèrent sa fille Hawa ou Fatoum Fofana, selon les versions. Ce fut la période sombre ; la rupture pour cette famille de Fofana Djoukhadou.

    Ce fut également une période sombre pour les Timéra  car correspondant à des moments de troubles et de conflits entre les différents héritiers de la chefferie. C’est autrement dit, la période la plus sombre de toute l’histoire de Yaféra.

    La guerre fratricide des Timéra :


Après la prise du pouvoir, les Timéra s’étaient installés à l’actuel emplacement des deux khodié, près de la famille Fofana. Peu de temps après, leur chef mourut et laissa quatre héritiers. Le Soma dit l’aîné, Diokh, Moussa Souto et Diabé. Mais l’héritier de droit, Soma, était en exil lorsque survint le décès. C’était donc Diokh, le puîné qui devait naturellement prendre la chefferie. Diabé, son demi- frère contesta apparemment cette perspective pour des raisons que je n’évoquerai pas ici vu le nombre considérable de versions contradictoires.

 C’est alors que va naître le début des désaccords et le commencement d’un long conflit entre partisans de Diokh et ceux de Diabé.

 Voyant que son frère Diokh et son demi-frère Diabé sont en fréquents désaccords, Moussa Souto , le cadet de la famille, dû quitter Yaféra, ne pouvant plus supporter cette  querelle. Accompagné d’une armée d’esclaves, il alla s’installer sur la rive droite du fleuve en face de « Béttimboro ».

     Cette attitude déplut énormément aux deux frères, mais surtout à Diabé qui concevait mal une telle dispersion de la famille. Lui-même fort belliqueux, il accuserait son aîné Diokh d’être trop laxiste, et donc incapable de diriger un peuple. Il décida donc d’aller combattre Moussa Souto et sa suite et les faire réintégrer de gré ou de force. Pour cela, il rendit visite à ses oncles du village de Lany qui l’équipèrent en armes et en soldats captifs. Peu de temps après, il revint s’attaquer à son demi-frère exilé Moussa et le vainquit. Défait, son armée mise en déroute se disloqua et se dispersa un peu partout. Une partie s’installa à Diaguily, devenue depuis, des esclaves, une autre à  Djogountouro, une autre encore à Djiadjibinné et en fin le reste s’éparpilla dans les contrés de Guidimakha, de Gadiaga et de Haïré. Finalement, Diokh resta le chef du village de Yaféra. 

 

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