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La Voix du département de Bakel

Cultivateur2

Boulaye Camara
Hammédi Dicko
Mamadou Kébé
Ali Baby
Sikhina Diawara.....

Ils étaient partis par les forêts et les savanes, par les montagnes et les rivières, à la fleur de l'âge, souvent dans l'amerture, laissant derrière eux les siens et une histoire, tantôt pour une vie meilleure, tantôt pour une simple paix de l'âme. Mais ils partaient quand même.

 

Vers des horizons inconnus et difficiles. Pas pour partir,mais pour aller remplir leur contrat d'hommes. Il ya des chemins sans retour. Il y a des exils d'honneur. Il y a des hommes d'honneur. Il y a des plaies douloureuses. Mais il y a l'amour. Il y a des villages à visage humain qui étalent l'aile de leur histoire aux passants. Camara, Kébé, Diawara.

Hammédi et Ali n'étaient pas des étrangers, ils sont nos pères. Ils sont yaférankés. Un destin commun nous lia à eux. Notre village et l'hospitalité de ses habitants les avaient séduits. Ils y restèrent. L'affaire fut décidée ainsi. Ils ne nous tourneront plus le dos. Une grande famille était née. Certains d'entre eux ont bercé la vie ou la jeunesse de la plupart d'entre nous. Ceux parmi eux qui sont morts ne sont pas morts.Ils sont dans notre mémoire. Ils sont dans notre histoire. Le destin, c'est le destin. Ce n'est pas une chute, mais un perpétuel redressement jusqu'aux abords de la tombe.

Priez pour nos pères d'adoption. Ils ont apporté leur pierre à la beauté de notre vie commune. Nous avons chacun une histoire. Ils en ont deux. C'est pourquoi la vie est complexe. Elle m'inspire parfois de la tristesse pour ces braves gens venus de loin. Que leurs âmes reposent en paix, pour ceux qui ne sont plus là.

Qu'Allah les bénisse.
amine.

Je crois que pour comprendre le sens du drame, de la tragédie humaine et du romanesque dans la psychologie soninkée des années 60 autour desquelles la plupart de ces braves noms avaient attéri chez nous, il faut se tailler une place au soleil pour l'amour de l'Homme lui-même. Je parle du genre humain. Il faut se mettre dans le contexte de l'époque. Il faut savoir rendre compte de la dualité profonde qui rongeait les hommes: les familles n'étaient pas encore recomposées, elles étaient unies, solides et coiffées par les voies singulières des chefs. La précarité individuelle était inconnue ou si elle existait, elle n'avait pas encore mêlé sa spychose au désespoir humain qui engloutit la plupart d'entre nous aujourd'hui. Mais, à côté de ce socialisme et de ce communautarisme légentaires dans lesquels les enfants de Wagadou et de Soni avaient toujours baigné, il y avait des cœurs qui ne dormaient pas, des gorges qui ne laissaient passer que difficilement des "logomas" de la honte. Le sens de la fierté reignait dans les esprits. Il y avait des crimes d'honneur. Le drame était fomenté par les paroles d'honneur. La mort ne faisait pas peur. Il était préférable à la honte. On ne ramassait pas son crachat. Le paresseux pouvait danser. Il y aura du mil sur le plat. Le génie se faisait des ennemis. Bref, il y avait un rempart social contre le mérite individuel.


Boulaye Camara était orphelin de mère quand un après-midi, de retour des champs, dans son Mali natal, il fut blessé verbalement par une coépouse de sa mère qui jura de l'exiler à jamais (maraboutage?), lui le chasseur du lion. C'est ce que la légende a dit, qu'il raconta lui-même et que confirma un griot, son ami d'enfance qui entreprit en 1979 sa recherche dans toute la Vallée, le trouva à Yaféra, joua de la guitare pour lui pendant un mois au sein de ma famille et entrepris une année plus une ultime tentative de le ramener à Bokhoro où résidait une partie de sa famille. J'étais jeune, mais je me souviens clairement de certains détails dans les paroles du griots.Une nuit, alors qu'il jouait de la guitare en son honneur, tout le monde s'était mis pleurer devant la teneur des mots et la bravoure d'un homme que je savais très solide physiquement. Le griot disait:"Oh toi le chasseur du lion, sèche tes larmes parce que celui qui t'avait suivi et qui avait compté les pas de ta jeunesse est aujourd'hui assis à côté de toi sous l'ombre des mangués qui t'ont adopté et donné une femme parmi les siens. Ne pleure plus donc."
Chaque mot avait une histoire et une teneur qui faisait pleurer Camara et toute ma famille. La vie est complexe.Le mot peut changer le cours d'une vie. Père Boulaye Camara avait quitté son village sous le poids des mots,de retour des champs et avait marché jours et nuits, en pleurs, le cœur serré, avec un regard du soldat perdu. Le monde était devenu petit pour lui et semblait s'arrêter à ses pieds. Il fit mille travaux sur le chemin, dont celui de berger à Sobokou pendant un mois. C'est là que l'écho de notre village et sa renommée l'y avaient conduit ,jusqu'à nous. Mais quand on est un mangué qui se connaît et qu'on entre dans un village qu'on ne connaît pas, on cherche une maison de forgerons pour y poser ses chaussures. Dans le cas de Camara, les sakés lui ont conseillé de chercher la maison de Killé Sellou (originaire de Sobokou et mère de mon grand-père Sadio Killé). Ils espéraient aussi pour lui la protection des Timéra et des Fofana.


Camara était un grand nom. Il était un véritable taureau, un acier. Il pouvait porter l'eau d'une vingtaine de personnes sur le dos. La chasse était son activité préférée. Il pouvait lire sur le sol le mouvement des animaux. Il pouvait nous laisser dans les champs durant la pause, suivre le vacarme des oiseaux, et nous revenir quelques minutes plus tard avec un gibier sur les épaules. Il pouvait imiter le cri des animaux et les attirer vers lui. C'était un garçon robuste, à la poitrine musclée. Si Camara pouvait accrocher un de ses mollets de fer sur un arbre à l'entrée de tout village, les voleurs n'y entreront jamais. Quand il cultivait la terre, il ne retournait pas la terre, il la déchirait et la fendillait. Je crois que son histoire était attachée à ses coups de daba.Mon père disait souvent qu'il n'a connu toute sa vie jamais d'hommes aussi exceptionnels avec la daba que Camara, Sada Dangho (Diogountouro), Mallé Mama Fofana et Sikhou Salou Fofana. Comme preuve, ce dernier avait remporté le titre fantastique de 17 "khoudés" durant ses années d'apprentissage coranique.Jamais un talibé n'avait réalisé un pareil score. Camara était un fils de Yaféra.Son adoption a été avalée par notre village sans peine ni sucre.
Le monde est petit. Yaféra a montré sa grandeur et son amour à ces travailleurs solitaires. Les débégoumés et moodis les ont couvés.Les Fofana leur ont offert des terrains. Mon père a trouvé pour eux les épouses qu'ils voulaient.

Pourquoi ce nom de "travailleurs solitaires" ?
Simplement parce que j'ai voulu leur tailler un nom à la mesure de leur peine psychologique. Ils ont forcément eu à souffrir de la séparation, pas seulement d'avec leur 1er environnement immédiat, ni d'avec les hommes, mais aussi et surtout d'avec l'histoire de leur terre. Je veux dire que lorsqu'ils ont foulé le sol de notre village, nous n'avions aucune idée de leur souffrance intérieure, celle que les visages ne rendent pas. Quand nous chantions, dansions et savourions notre passé au rythme des djembés, des dondonjnés et des saisons, sur une terre que nous connaissons et qui nous relatait l'histoire de notre propre naissance, je me demande aujourd'hui comment ils ont pu tenir debout parce qu'ils ont, eux, été sevré de cette partie succulente de leur passé et de leur histoire. Il y a des malades mentaux que l'on guérit par le simple fait de leur évoquer les films de leur enfance. Or, on sait que toutes les enfances n'ont pas été dorées. Mais pourtant,cette partie de la vie renferme des clés enfouis et inimaginables de l'épanouissement mental.

Camara était toujours resté un Demba Hawa. Un vrai. C'est le premier homme entré à Yaféra comme "sourouga" et à qui la main d'une Timéra fut accordée en mariage. Cela témoigne de la grandeur de son nom et de son histoire, mais aussi et surtout de son image. Père Camara avait fait la une des langues dans sa jeunesse chez lui avant de venir à Yaféra. Un homme très sobre, d'une force physique exceptionnelle. Je l'ai vu marteler le fer comme un forgeron pour la confection des dabas. Ses coups mortels résonnaient dans tout le quartier. Il parlait peu, pensait beaucoup et n'a jamais mêlé son nom à quelque bassesse de quelque nature qu'elle soit. Il avait rendu d'énormes services à ma famille depuis le temps de nos grands-pères jusqu'à sa mort.
Paix à son âme.

Père Kébé aussi a laissé un nom derrière lui. On raconte qu'il n'est pas venu en "sourouga" et c'est la raison pour laquelle, il n'a jamais accepté d'être rémunéré pour quelque travail que se soit. Il paraît même qu'il faisait la navette dans les champs et regardait là où l'herbe semble prendre possession des cultures pour se mettre à cultiver. Des gens perdaient la tête quand ils partaient dans leurs champs et voyaient que l'herbe avait disparu. Il était honnête et fut un boucher de talent sans lequel nos gorges se seraient asséchées de gigots.
Pa Kébé restera dans notre mémoire collective.

Diawara était réputé pour sa rapidité. C'est d'ailleurs cette noble attitude qui lui confère un caractère quelque peu impulsif et incontrolable. C'est un homme très matinal et dont la voix ne peut se contenir dans une bouteille. Au travail, il trouvait son énergie dans des monologues intérieurs retraçant sa propre vie. C'est comme s'il adressait la parole à lui-même pour combler, par le travail, cette partie de son histoire que le destin lui a ôté. Avec cet homme, on apprend vite que le travail n'est pas punition, mais un réel plaisir, un canal de refoulement des joies et des peines. Père Diawara, c'est une partie de l'histoire de notre vie et de celle de notre village qu'il a tant aimé.

Père Hammédi est un maure de pure race, sourakhé de la tête aux pieds. S'il pouvait empêcher les forgerons de fabriquer des dabas, il le ferait pour la paix du dos des hommes. Je crois que seul mon ami Khassimi a relevé le défit des travaux champêtres dans leur famille. Hammédi a donné à Yaféra pas seulement de la viande fraîche pour limer nos dents, il a aussi donné Cheichna Dicko, un solide garçon que j'ai toujours considéré comme le plus complet de tous les attaquants que j'ai connus. Père Hammédi avait une particularité très rare chez les hommes: pour le voir il faut aller chez lui parce que c'est la seule place qu'il connaît après le boulot.Vous pouvez vous laver les yeux avec du lait ou de l'or fondu,vous le verrez jamais dans les "grands-places".Hammédi était un homme très fier de ce qu'il était.

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