BAKELINFO.COM

La Voix du département de Bakel

Etoiles inactivesEtoiles inactivesEtoiles inactivesEtoiles inactivesEtoiles inactives
 

Malade Epiliptique

Dans mes plus lointains souvenirs, ceux de mon enfance, de ma tendre enfance, de mon enfance de petit « montagnard », apparaît très souvent, contre ma volonté, l’image inoubliable de mon neveu HAMIDOU qui n’a heureusement ou malheureusement pas (selon) pu fréquenter, comme la majeure partie des enfants de son âge, les écoles françaises ou coraniques : il était épileptique.

Cette situation ne devait pas l’empêcher d’aller dans l’une ou l’autre école, mais la volonté de son père, mon grand cousin était autre. Ainsi, ces lieux de recherche du savoir lui étaient fermés !

 

Par la force des choses, HAMIDOU et moi étions liés d’abord par la parenté, ensuite par l’âge et plus tard enfin par la « case de l’homme » qu’ensemble nous avions partagée avec d’autres garçons du quartier.

HAMIDOU m’était naturellement attaché : durant mes années de collège, à mon retour de Tambacounda, lors des fêtes de Noel, de Pâques ou des grandes vacances, comme par télépathie, il était toujours là, à la gare routière pour m’aider à transporter ma petite valise à la maison.

Les jours que je passais à Bakel étaient pour lui source de plaisir immense. A tout moment, il cherchait ma compagnie.

Mon grand cousin, le père de HAMIDOU était un travailleur infatigable : il ne se reposait presque jamais ! Il avait toujours quelque chose à faire. A part les éreintants travaux champêtres, cet homme, comme la nature, avait horreur du vide ! Il le remplissait en tressant des nattes et des éventails.

Après l’hivernage, HAMIDOU partait en brousse avec son père couper des tiges de mil et des feuilles de palmiers. A deux, ils travaillaient ces tiges de mil en les rendant plus utiles pour tresser des nattes. Un long processus précède ce tressage : enlever les feuilles, tremper les tiges dans l’eau du fleuve. De grosses pierres sont posées ensuite sur elles afin qu’elles soient bien imbibées. L’exercice suivant consiste à enlever la partie moelleuse des tiges avant de les trancher puis les sécher au soleil un long moment.

A l’époque, la construction des nattes et des éventails était pleine de cérémonies. Cependant, mon neveu HAMIDOU parvenait à tirer son épingle du jeu, sous l’œil vigilent de son père. Il s’acquittait pourtant, correctement des tâches parfois difficiles qui lui étaient assignées.

Puis HAMIDOU redevenait comme moi, il ressemblait de nouveau aux autres enfants du quartier et s’adonnait comme nous, avec nous, à nos jeux bruyants d’enfants. Bien que réservé, mon neveu avait toujours le sourire aux lèvres.

Quand les crises épileptiques lui arrivaient souvent, HAMIDOU était pitoyable à voir. Des moments qui m’étaient pénibles à supporter car tous nos camarades de jeux nous fuyaient puisque mon neveu se débattait avant de se calmer et revenir de son profond « égarement ».

Je le revois encore, trembloter, s’affaisser parfois lourdement sur le sol, remuer ses membres, à la manière d’un mouton de Tabaski qui se débat après avoir été égorgé et au bout d’un moment, rester inerte. Moments douloureux, et pour lui et pour moi !

HAMIDOU est décédé tout jeune, à la fleur de l’âge sans jamais avoir pu jouir des joies de l’enfance alors que je n’avais même pas terminé mes années de collège.

La nouvelle de son décès m’est parvenue longtemps après : j’étais à Tambacounda et les moyens de communication n’étaient pas aussi bien développés.

Ce jour-là, en classe, je n’étais que figurant, bien que j’y sois la plupart du temps l’animateur. J’étais comme un automate.

Aujourd’hui, tous les regards, tous les esprits sont tournés vers la COVID-19 ! Des sommes colossales y sont destinées pour trouver le VACCIN-MIRACLE !

Les « vieilles » maladies sont « oubliées » ! Si ce n’est pas lors des journées qui leur sont consacrées, on ne parle plus d’elles. Comme de vieilles chaussettes, elles sont jetées dans les poubelles.

Mon neveu, HAMIDOU, n’est plus. Mais l’EPILEPSIE comme plusieurs autres maladies sont toujours là ! Elles continuent de tuer encore par milliers !

COVID par-ci, COVID par-là, COVID partout ! Oui ! Mais il y a les autres maladies ! Pensez-y !

Idrissa Diarra, bakelinfo.com

Vous souhaîtez soutenir

Bakelinfo :

Chroniques du Mardi

Religion

Actu. locale

Nous avons 111 invités et aucun membre en ligne

Portraits