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L ’un des effets de la pandémie
aura été de relancer à
nouveaux frais le vieux débat
entre « progressophobes »
et « progressophiles », entre
ceux qui pensent que la
mondialisation libérale est responsable
de tous nos maux et ceux qui tiennent au
contraire que c’est elle qui nous en sort,
elle qui nous a par exemple permis
d’élaborer un vaccin en moins d’un an.
Mais attention, si vous tentez d’adopter
sur ce sujet une position un tant soit peu
modérée, vous passerez pour l’imbécile
heureux de service.
Si je dis que certaines choses vont
plus mal (la montée de l’islamisme,
l’atomisation du social, la baisse du
niveau scolaire, la perte de souveraineté
des États, le déclin du civisme et
du rapport au bien commun, la montée
de la violence…) mais que d’autres en
revanche vont mieux (l’effondrement
du communisme et du nazisme, la fin
des guerres dans l’Union européenne,
des progrès dans la lutte contre le
cancer, le droit des femmes, le niveau
et l’espérance de vie, bref, pas mal
de choses quand même), j’aurai
à coup sûr l’air d’un centriste mou.
Il est sans aucun doute
médiatiquement plus payant
d’enfourcher le cheval du pessimisme
antimoderne attendu qu’il tire
aujourd’hui le lourd chariot de
l’idéologie dominante dans le monde
intellectuel. Flirter avec l’image peu
flatteuse de l’optimiste, déclarer avec
Michel Serres ou Steven Pinker,
que tout va pour le mieux dans
le meilleur des mondes, est plus
aléatoire. Mais ce qui est clair, c’est
qu’entre les deux radicalités, il n’est
point de salut, du moins sur le plan
médiatique, le bon sens étant
du monde la chose la moins partagée,
car la moins distinguée qui soit.

Qu’est-ce que cela prouve ?
Que le choix du pour ou du contre
dépend moins en la matière
d’une argumentation rationnelle
que de notre humeur fondamentale
face au monde moderne, une humeur
qui peut bien sûr, comme dans tout
procès, convoquer des témoins
à la barre, mais qui, au fond du fond,
n’en dépend pas vraiment. Comme
y invitait Raymond Aron dans
Les Désillusions du progrès, un livre
qui analysait déjà les ressorts
du pessimisme contemporain, il est bon
malgré tout de rechercher les synthèses
que les radicaux en général vomissent.
Quand je passais l’agrégation
de philosophie, pour se moquer
de cet hégélianisme aronien,
les disciples de la « pensée 68 » avaient
adopté un adage : « Thèse, antithèse,
foutaise ! ». Amusant, mais fâcheux
malgré tout, car n’en déplaise
aux déconstructeurs, Aron traçait sans
aucun doute les voies de l’intelligence.


Pour prendre l’exemple de l’école,
j’ai beau faire, je ne puis m’empêcher
d’être à fois « pédago » et républicain :
je ne vois pas pourquoi je devrais
absolument abandonner l’idéal
de démocratisation qui fut celui de
René Haby au motif que je suis pour la
sélection et le retour aux fondamentaux.
Voyez encore le cas de cette Union
européenne qui revient dans l’actualité
à propos du Brexit. Les progressophiles
feront valoir les mérites actuels de l’UE :
un plan de relance de 750 milliards dont
aucun de nos États n’aurait été à lui
seul capable, une Banque centrale qui
rachète nos dettes et nous prête à des
taux zéro, voire négatifs, une tentative
de mise au pas, enfin, des Gafa,
grâce à l’action de Thierry Breton. Les
progressophobes diront que tout cela
n’est que poudre aux yeux, infimes et
inutiles progrès par rapport au désastre
de l’abolition des frontières par un
monstre bureaucratique qui pousse le
ridicule jusqu’à interdire l’exportation
du camembert au lait cru. Comment ne
pas voir que les deux argumentations
ont chacune leur part de légitimité ?
En quoi, comme Aron, je suis,
là encore, pour une synthèse, pour
une Europe puissance regroupée autour
de dix nations, une Europe capable
de réguler les Gafa, de mettre fin
au dumping fiscal et social, d’endiguer
l’immigration clandestine et de
respecter les souverainetés nationales
pour la bonne et simple raison
qu’en matière de santé, d’éducation
ou de protection sociale, nos politiques
budgétaires sont 100 % nationales
et doivent le rester.
À coup sûr, le monde d’aujourd’hui
est moins mauvais que dans les années
1930, et même 1950, quand les deux
totalitarismes empêchaient une grande
partie de l’humanité tout simplement
de vivre, quand les dictatures étaient
encore plus nombreuses que
les démocraties. Que, pour autant,
la mondialisation soit heureuse est
factuellement faux pour une majorité de
nos concitoyens. En quoi il y a urgence
à retrouver un grand dessein politique,
faute de quoi, chez nous comme ailleurs,
ce sont les populismes qui à coup sûr
prendront le pouvoir.

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